Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 14:44

Ce matin, je découvre cet article sur « Les oubliés de la pénitentiaire » dans France Inter. Et là, je bondis ! Quid de l’utilité sociale d’une peine qui ne prend jamais fin, au point de se retrouver avec des personnes si isolées, si oubliées qu’on ne sait plus quoi en faire ? Je ne comprends pas.


J’admets qu’une peine soit quantifiée au prorata de la gravité des actes et en considération de la personnalité du condamné. C’est ainsi que notre société a décidé de fonctionner face aux déviances de ses citoyens. Bien loin est le temps où l’on rendait justice en agissant « œil pour œil, dent pour dent », en coupant un bras au voleur, en dilapidant les déviants ou en les écartelant sur la place publique dans un sinistre spectacle. Encore que, on peut se demander si parfois, à l’esprit de certains, la Justice actuelle ne serait pas censée représenter une forme d’assouvissement de leur propre vengeance, laquelle les inciterait à désirer que les auteurs de crimes ou délits souffrent autant voire plus que leurs victimes.  Est-ce le but ? Quand bien même une peine serait une forme d’expiation, celle-ci ne doit pas se traduire par le fait de rendre la souffrance provoquée initialement à la personne qui en est auteur. Il y a une utilité sociale réelle à la peine, pourvu qu’elle ait du sens. Si elle ne devait se cantonner qu’à punir, alors elle perdrait toute sa mesure.


D’un point de vue général, c’est pour le bien-être de la communauté elle-même que le rôle d’une peine doit être multiple, en ne se cantonnant pas qu’au bannissement. Certains préjudices sont irréparables et ne seront jamais comblés ou remplacés. Lorsqu’il y a mort d’Homme, viol ou autres « joyeusetés » horribles, même une peine si longue soit-elle, ne viendra corriger ce qu’il s’est passé. Je comprends bien que certains y voient une forme d’apaisement pour les personnes victimes ou leurs proches mais est-ce bien le rôle de notre Justice ? Certes, sur le plan purement psychologique, voir son auteur condamné et se faire reconnaître comme victime, est un premier pas dans la reconstruction personnelle, le procès judiciaire faisant office de catharsis. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une personne sera lourdement condamnée que la personne qu’il aura lésée se portera forcément mieux. Cela n’a aucun sens. C’est un travail à faire sur soi, indépendamment de ce que vivra l’auteur, ou plutôt condamné, qui lui, devient un enjeu pour la société de demain. Les intérêts de la société ne coïncident pas forcément avec ceux des victimes, et il serait démagogique de le leur faire croire, comme de l’existence du risque zéro.


De nombreux malades mentaux sont incarcérés. L’administration pénitentiaire ne sait comment gérer vraiment cette population « nouvelle » (ou pas…) qui peuple de plus en plus nos prisons. Les personnels ne sont pas formés pour cela et les services médico-psychologiques peinent à fournir. Les prisons sont surpeuplés, et les personnels en sous-effectifs. Les établissements modernes se déshumanisent, les nouvelles technologies ayant pris le pas sur le facteur humain, soit pour des raisons budgétaires, soit pour des raisons de sécurité. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation croulent sous la masse des suivis à effectuer.

 

Si l’on considère que la première fonction d’une condamnation est de punir, elle est remplie, en tout cas dans la plupart des cas. Si l’on considère en revanche les autres fonctions qu’elle doit avoir (permettre l’amendement, la réhabilitation, la réinsertion), au regard de toutes ces carences, c’est plutôt un pari audacieux. C’est là, où le bât blesse puisqu’à force de politique répressive, le volet réinsertion est passé quelque peu à la trappe. Il est difficile de trouver un juste équilibre entre les intérêts des victimes, les intérêts du condamné, et les intérêts de la société. Parfois, ceux-ci sont contradictoires, ce qui est un véritable casse-tête pour la Justice dans sa recherche d’équité. L’ère de la victimisation exacerbée n’a rien arrangé à cela.


Aussi est-il intéressant de se préoccuper du sort de ces condamnés que tout le monde a oublié car arrive un moment où la sanction doit laisser place à autre chose. Qu’espérer d’une personne qui a passé les 20, 30, 40 dernières années de sa vie enfermée derrière les murs d’une prison, à sa sortie, si elle n’a aucun suivi, ni de mesure d’aménagement de peine ? Que fait-on de ces hommes qui, parfois, ont l’âge de la retraite et qui, s’ils réintègrent la société, vont s’y voir complètement perdu ? Une peine ne doit-elle pas favoriser le retour à la société dans de meilleures conditions plutôt que d’être déclencheur d’un cataclysme social en lâchant dans la communauté des gens qui en ont été coupés un certain temps. Pour un détenu longue peine, il y a tant de choses à l’extérieur qui sont synonymes d’agression : la foule, le bruit, le contact avec les gens, l’évolution de la société, l’ivresse de la liberté, très vite effacée par la peur, l’autonomie…Une sortie sèche (sortie sans aménagement) est au final assez antynomique du sens dévolu à une peine.


 « Une longue peine, c'est quelqu'un qui doit gérer son temps au mieux ou il finit fou.  »_ Paroles de détenus

 

Conseil de lecture : Longues peines_ Jean TEULE

Partager cet article

Repost 0
Published by tinotinoblog - dans Justice - Prison
commenter cet article

commentaires

lambertine 02/11/2012 11:53


Mais la prison a-t-elle jamais eu une autre raison d'être - je parle de raison d'être réelle, pratique, pas théorique - que la punition et la mise à l'écart ? Même la catharsis pour les
victimes... elle peut avoir lieu, au moment de l'audience ou juste après, mais à long terme ? Ca peut arriver, mais c'est loin d'être automatique. Ca peut même avoir l'effet inverse.


Alors, loin de moi de nier le travail que font les conseiller d'insertion, les pasychologue, les assistants sociaux etc... Mais peut-on travailler avec "des ronds de carotte" ? Et peut-on espérer
qu'ils recevront plus que ces ronds de carotte pour travailler ? Les détenus, les ex-détenus, ils n'intéressent personne...

tinotinoblog 14/11/2012 22:12



Ravie de vous voir ici Lambertine.


J'aime à croire que les gens se soucient des détenus et des ex-détenus, même si ce n'est pas une généralité. Et heureusement qu'il y en a. Malheureusement, le manque de moyens alloués et le
manque de sensibilisation de l'opinion publique freine beaucoup une évolution qui est nécessaire. Il est évident que dans la tête des gens, la prison donne une sécurité car elle met au ban, à
l'écart et les protège, mais il s'agit d'une protection éphémère car si on laisse des personnes se dégrader derrière les murs sans s'en préoccuper, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elles en
ressortent "mieux" qu'à l'entrée... 



Colonel de Guerlass 18/09/2012 11:40


"en dilapidant les déviants ou en les écartelant sur la place publique dans un sinistre spectacle."


N'avait t on pas plutôt tendance à lapider les déviantes?


(à ce propos, il m'est arrivé de voyager dans une république islamiste au siècle/millénaire dernier, et, intrigué par la grande
liberté des uns et des autres , de questionner : "Mais ne lapide-t-on pas théoriquement en cas d'adultère?"


Les réposes variaient entre "pas assez de pierres" et "risque de désertification complète")

Mussipont 15/09/2012 10:42


Excellent texte auquel je souscris pleinement.


J'ai l'impression que de plus en plus la prison se réduit à sa vocation d'éloignement de la société du condamné, en somme une américanisation de notre politique pénitentiaire (voir le débat
récurent sur la "vraie" perpétuité qui fait temps rêver à droite). Associée à une volonté de réduire les coûts de fonctionnement de l'institution cela donne ces nouvelles prisons de 700 détenus
qui fonctionnement très très mal. A lire cet édifiante interview de soeur Vollet qui vient de démissionner de son poste d'aumonier du Centre Pénitentiaire de Nancy-Maxéville :


http://www.estrepublicain.fr/justice/2012/09/12/le-coup-de-gueule-de-soeur-vollet


On pourrait s'interroger aussi sur les peines de sûrrté qui figent toute évolution possible du condamné, mais il faudrait un courage politique qui se fait rare de nos jours.

tinotinoblog 14/11/2012 22:15



Vive les USA ! Pardon, je sors... 



moi-même 14/09/2012 15:20


AMHA, le problème réside dans le fait que la société estime la plupart des individus incarcérés irrécupérables.


On peut faire un parallèle avec le secteur du travail où la carrière d'un individu ets déterminée lors de ses études. En effet, les recruteurs français (et même ceux des autres pays latins) ont
tendance à estimer qu'un individu ne peut changer de de voie, ne peut s'adapter ou évoluer hors des schémas classiques postes techniques > experts, technico-commerciaux ou management
d'équipe.

De plus, mettre en place une véritable startégie d'honnêtetisation des détenus impliquerait de renoncer à les réincarcérer pour des peines de plus en plus longues. cela rentrerait directement en
conflit avec certaines idéologies manichéennes (IPJ entre autres) qui promeuvent au nom d'une idéologie l'arrêt d'un repêchage des délinquants récupérables au nom d'un refus de l'angélisme
associé à un bord politique.

tinotinoblog 14/11/2012 22:15



Mais oui, nous sommes tous déterminés, c'est bien connu. Demain, je deviens alcoolique, délinquante, pour suivre la lignée familiale... Allez ! Pourtant, je suis devenue gendarme et aspire à
devenir conseiller d'insertion et de probation. Je refuse ce genre de schéma tu sais car ce sont ceux-là qui empêchent justement quelqu'un d'avancer.



Présentation

  • : Le blog de Tinotino
  • Le blog de Tinotino
  • : Comment décrire ce qui est indescriptible ? Allez vous promener au gré de ma plume, en espérant que celle-ci réussisse à vous emmener avec elle !
  • Contact

Recherche

Archives