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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 13:26

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...


Olivier, 19 ans, bien intégré socialement, travaillait. Il était pompier volontaire comme son père et son grand-père. Sa famille était stable et ne rencontrait pas de difficultés particulières hormis quelques aléas qui touchent tout à chacun. Un soir, il devait être de garde pompier. Il ne pouvait pas car il devait aller à une fête avec des amis. Alors, il s'est fait remplacer par Marc. Marc est mort au feu ce soir-là. Dès cet instant, la vie d'Olivier a basculé. Sans que personne ne puisse vraiment déterminer pourquoi, il s'est mis à allumer des feux : des petits, puis des plus gros. Cela a causé beaucoup de dégâts, lésé de nombreuses personnes en plus de mobiliser à de nombreuses reprises ses collègues pompiers avec tous les risques que cela comporte. Deux ans après, il est interpellé au terme d'une enquête longue et minutieuse. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Marcelle, 45 ans, vivait avec son concubin, Christian, depuis des années. C'était une nouvelle vie, un nouveau démarrage pour eux deux qui s'étaient séparés de leurs conjoints respectifs pour vivre ensemble. Christian travailait, pas Marcelle. Il avait des bons côtés mais il buvait, beaucoup trop. Il devenait violent lorsque l'alcool avait raison de lui. Marcelle l'aimait, donc elle restait avec lui malgré les coups, les disputes, et les reproches. Elle n'osait pas le quitter et avait peur de se retrouver seule. Elle se disait qu'il changerait. Il n'a pas changé. Des années passèrent... Puis, un jour, Marcelle, prise de désespoir et ne supportant plus la situation, eut un coup de folie. Elle prit un fusil, alla dans la chambre où dormait Christian et tira. Il a été tué sur le coup. Elle est allée en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Lucie, 17 ans, vivait dans une famille bourgeoise où elle ne manquait de rien, sauf peut-être de la présence réelle de ses parents à ses côtés. Elle avait bénéficié d'une bonne éducation et travaillait bien à l'école. Elle avait un petit côté rebelle mais après tout, à 17 ans, âge de l'adolescence, c'est dans la normalité. Elle sortait beaucoup et fit de mauvaises rencontres qui lui firent découvrir les "plaisirs" vicieux des drogues. Elle y goûta, et en devint accroc. Il n'y avait plus que ses relations amicales qui comptaient, oubliant peu à peu sa famille. Elle mulitipliait les aventures sexuelles et très vite, franchit le pas de la prostitution. Elle s'est prostituée pour de l'argent. Elle s'est prostituée parce que ses "amis" la donnaient au plus offrant. Elle s'est prostituée parce qu'elle était trop défoncée. Elle fut impliquée dans des histoires sordides de vols. Elle s'est enfoncée malgré les divers rappels à l'ordre du Juge des Enfants, les placements en foyers, en famille d'accueil. Elle fuguait. Elle est allée en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Thomas, Antoine et Jérémy avaient 20 ans. Ils respiraient la joie de vivre. Ce soir-là, ils avaient décidé d'aller en boîte pour aller draguer les filles. Eh oui, une discothèque est un super terrain de chasse pour des jeunes comme eux. Antoine avait l'habitude de porter un couteau sur lui. Il ne savait pas trop pourquoi mais il se disait que de cette manière, s'il se faisait agresser, il pourrait se défendre. Ils passèrent une bonne soirée, plutôt bien arrosée, voire même trop. Ils rencontrèrent de jolies filles dont une plaisait particulièrement à Antoine. Il passa à l'attaque pour la séduire. Il comptait bien finir la soirée avec elle. C'était sans compter sur ce gars qui à priori, avait les mêmes plans que lui. Ils s'accrochèrent dans la boîte, sur la piste de danse. Antoine se prit un coup de poing, il ne put répliquer car l'alcool faisait qu'il avait du mal à réagir. Il sortit sur le parking pour ruminer sa colère, bientôt rejoint par ses amis. Son rival sortit à son tour. Une dispute et une bagarre éclatèrent entre les deux. Antoine sortit son couteau et le planta à deux reprises dans la poitrine de l'autre garçon qui mourrut des suites de ses blessures à l'hôpital. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Gilles avait 50 ans. Il était chauffeur. Il aimait bien boire un petit coup avec ses collègues ou ses amis quand l'occasion se présentait. Il avait une bonne descente et supportait bien l'alcool. Pour lui, cela ne le gênait pas de conduire ensuite. Il trouvait qu'il avait toujours les mêmes réflexes alors qu'on sait très bien que cela est faux. Il ne craignait pas d'avoir un accident mais de se faire contrôler par les gendarmes et de se faire retirer son permis de conduire. Son permis, c'était son métier, sa vie. Il se fit contrôler. Il était positif à l'alcool. Il fut condamné et fut l'objet d'une suspension de permis. Mais il ne voulut rien entendre. Il continua à conduire, à boire plus que de raison quand il mettait le nez dedans. Il fut à nouveau arrêté, condamné avec une annulation de permis mais il ne comprenait toujours pas. A force, il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Nino, 19 ans, a passé son enfance et adolescence à errer entre foyers et familles d'accueil. Sa mère était toxicomane, son père, un braqueur, qui était incarcéré. Il était fils unique et vivait très mal cette situation. Il voulait vivre avec ses parents mais ceux-ci étaient bien incapables de s'occuper de lui. Ils ne le voulaient pas et ne le pouvaient pas de toute façon. D'ailleurs, avant qu'il soit retiré de sa famille, on ne peut pas dire qu'il se trouvait dans un climat propice à son bon développement moral entre sa mère qui se défonçait et son père qui ne vivait que dans le délit. Il avait développé beaucoup d'instabilité et manquait de repères. Il se fit très vite entraîner par d'autres jeunes sur la voie de la délinquance. Il s'était dit qu'il ne finirait pas comme ses parents et pourtant... Vols, deal de stups, bagarres, outrages, rébellions furent son lot quotidien. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Hervé avait 46 ans. Il vivait à la rue depuis qu'il avait tout perdu : emploi, femme, logement. En fait, il n'avait pas su faire face quand il s'était retrouvé au chômage. Sa femme ne travaillait pas et pour lui, l'homme de la maison, c'était dénigrant que de ne pas subvenir aux besoins de son foyer. Il avait beau chercher, il ne trouvait pas de nouvel emploi durable. Il devenait invivable à la maison et sa femme finit par le quitter. Ce fut comme un coup de massue pour lui, un de plus. Alors, il se mit à boire, boire pour oublier. Peu à peu, le peu d'argent qu'il gagnait partait dans la boisson. Il ne pouvait plus payer ses factures et s'endettait. Il se fit expulser après des mois de procédure. Il ne gérait plus rien, se laissait descendre. Une fois à la rue, l'alcool ne lui suffisait plus pour se soulager. Il découvrit l'héroïne. Cela lui faisait du bien, pensait-il, car au moins, quand il était stone, il ne pensait plus à rien. Il en devenait dépendant et lui en fallait toujours plus. L'argent qu'il récoltait en faisant la manche ne suffisait pas alors il volait. Il volait pour s'acheter sa dose, il volait pour s'acheter de l'alcool ou des cigarettes, il volait pour manger. Il est allé en prison.

 

 

Alors non, la prison, ça n'arrive vraiment pas qu'aux autres. On a beau se sentir protégé, ou essayé de se sentir protégé, il faut bien reconnaître que personne n'est à l'abri d'aléas qui un jour, peuvent tout faire basculer dans sa vie ou celle de ses proches. Penser que ça n'arrive qu'aux autres, c'est aussi, en quelque sorte, vouloir se cacher cette part d'ombre de l'humanité dont on n'aimerait jamais souffrir, ou qu'on n'aimerait ne pas sentir proche de nous, un peu comme lorsqu'on croise des SDF dans la rue et qu'on détourne le regard pour ne pas voir. Mais ne pas voir ne veut pas dire que cela n'existe pas...

 

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Published by tinotinoblog - dans Justice - Prison
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lambertine 05/07/2013 11:37


Non, ça n'arrive pas qu'aux autres. Malheureusement, la plupart des gens ne s'en rendent compte que quand ça leur arrive à eux, ou à un de leurs proches.


Il me semble que la Prison (je veux dire, l'institution de la Prison) crée une forme de fiction : les détenus sont (ou apparaissent être, plutôt) hors de la société. Il y a "eux" (les méchants)
et "nous" (les honnêtes citoyens) deux catégories de personnes bien différenciées. Alors que ces catégories s'interpénètrent (pour ne pas dire qu'il n'y a pas de catégories) : chacun d'entre
"nous" peut basculer un jour ou l'autre (que ce soit accidentellement ou suite à une longue errance) et devenir l'un(e) d'"eux".


Et c'est la catastrophe. Pas seulement parce que l'enfermement est en soi une catastrophe pour celui qui le vit (et ses proches) mais parce qu'il y a souvent incompréhension de ce qui arrive.
Quoi, Bidule est en prison ? Lui ? Pur ça ? mais il n'a fait de mal à personne.... mais tout le monde le fait... mais quand on voit ce qui s'est passé avant, c'est compréhensible...  mais ça
pourrait arriver à n'importe qui... (c'est arrivé dans ma famille, et personne n'a vraiment compris pourquoi un jeune homme gentil, serviable, attentif aux autres, qui n'avait fait de mal à
personne et victime d'une vie "à la Dickens" - mais toxicomane - s'est retrouvé derrière les barreaux - plusieurs années après les "faits" - alors qu'il menait depuis un bon moment une existence
parfaitement "normale". La prison, c'est pour les "autres". Eh bien, non. Selon la Loi, ce garçon n'avait pas été condamné injustement.)


La prison, ce n'est pas pour vous, pour moi, pour nous, mais pour les auteurs de "faits divers" (et puis c'st le Club Med', tout le monde le sait... )


C'est oublier que chacun d'entre nous peut se retrouver un jour ou l'autre dans les pages des faits divers. Et que de ces fameux faits divers, nous ne savons pas grand chose.

Aragon 17/05/2013 10:50


Merci.

Aragon 16/05/2013 22:43


Billet d'utilité publique.


Comment connaissez-vous toutes ces histoires ? Votre précédent métier ?

tinotinoblog 17/05/2013 10:34



Merci. Ces histoires sont tirées, et de mon expérience professionnelle passée, et de mon métier actuel et de mon entourage familial.



Mussipont 09/05/2013 12:13


Personne ne se rend compte de cela parce que nous fonctionnons par stéréotypes : quand on pense "détenu" on pense "vendeur de drogue dans les cité", on ne pense pas à soi ni à son voisin...

tinotinoblog 17/05/2013 10:32



C'est tout à fait ça, alors que dans les faits... Je pense vraiment aussi que la prison fait partie de l'abstrait pour beaucoup de gens. Ils se sentent sûrs deux, protégés contre ça, comme je le
dis dans mon billet alors que foncièrement, qui peut prédire qu'il n'ira pas. Je me souviens de ce gendarme dans l'Est qui, après avoir pété les plombs, a émasculé l'amant de sa femme. Il s'est
suicidé en prison. Je suis certaine qu'il n'y aurait jamais pensé auparavant, peut-être même qu'il faisait partie de ceux qui pensaient que la prison, ça n'arrive qu'aux autres. C'est d'ailleurs
parce que c'est très lointain dans leur esprit qu'il est difficile de sensibiliser les gens à la détention.



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