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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 22:27

 

Le bleu est une couleur que j'affectionne particulièrement, non pas parce que c'est celle qui enjolive ma vie quotidienne dans l'exercice de mes fonctions, mais tout simplement parce qu'à mes yeux, je la trouve belle dans toutes ses nuances, que ce soit de la plus claire à la plus foncée. Le bleu, couleur de l'horizon (à la réflexion, tout dépend bien sûr des affres météorologiques), couleur de l'océan, cette immensité, calme ou déchaînée selon les turpitudes de la nature. Ahhhh, que je l'aime !

J'apprécie également beaucoup les petits schtroumpfs, vous savez, ces petits bonshommes bleus qui ont bercé mon enfance, pas si lointaine quoique tout est relatif, et celle de bien d'autres, du schtroumpf grognon, au schtroumpf farceur, au schtroumpf à lunettes, au grand schtroumpf....en passant par la fameuse schtroumpfette. Et j'en suis d'autant plus fan qu'ils arborent ma couleur favorite. 

Pour la symbolique, il se dit qu'il symbolise la paix, le calme, la volupté, la fraîcheur et la pureté. Il nous rappelle le ciel et invite à l'évasion spirituelle. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Wikipédia, c'est dire... 

Comment? Serais-je traumatisée ou obnubilée? Il est vrai que je suis de nature frileuse, et que j'ai à subir, lorsque les températures se font moins clémentes, des réactions physiques dont semblent souffrir certains avocats du Nord (c'est-à-dire qu'ils sont bleus, un peu à l’image du blog de Mô le Lillois d’ailleurs lol).

Comprenez surtout, à présent, que lorsque je me lève le matin et que je revêts mon habit de lumière (un polo, un pantalon, une polaire, des chaussures d'intervention, un ceinturon garni de divers objets dont l'arme de service, les menottes – ah fantasme de certains, blague à part -, le bâton de protection télescopique – ce qui fait qu'en fin de journée, vous êtes finalement content de vous délester d'un poids........eh non, désolée pour les fans de Corine TOUZET, oubliez la jupette qui est réservée aux cérémonies), que je me sente parfaitement à mon aise. En effet, bleue est ma vie, parfois à outrance, au gré des événements inhérents à ma modeste mission de protection des biens et des personnes, et ma contribution au respect de l'ordre et de la loi. Vastes missions qui englobent des prérogatives aussi diverses et variées que je pourrais me vanter, moi comme d'autres, de pouvoir exercer sous une seule même étiquette, des fonctions aussi diverses que : assistante sociale, médiatrice, psychologue (version allégée tout de même), assistant médical pour les hospitalisations d'office, gardien de vaches et autres charmants animaux de ferme ou sauvages qui peuplent nos verts pâturages ou forêts, et qui pensent que l'herbe est toujours plus verte ailleurs, même sur le bitume de nos routes, garde champêtre, agent des eaux et forêts, agents de la circulation, taxi pour la justice (ceci n'ayant pas de valeur péjorative....amis magistrats ayant à coeur de rendre une justice juste, humaine et équitable, n'y voyez rien de belliqueux, mon coeur de métier est assez large pour admettre que cci nous incombe également), conseillère matrimoniale ou d'éducation, pot de fleurs, enquêteur (ah? mais c'est donc pour cela qu'on trouve des agents ou des officiers de police judiciaire), et ... gendarme un peu quand même ! Cela représente beaucoup, mais on n'en fait jamais trop assez, me direz-vous !

J'ai bien appris ma leçon, aussi, je me suis passé en boucle la chanson de BOURVIL, la tactique du gendarme. Contravention, allez, allez, pas de discussion, allez, allez ! Je connais le métier ! S'il ne se résumait qu'à cela.... C'est peut-être, et certainement, sous cet angle, que la population nous perçoit et pourtant. Je ne parlerais pas des chats bottés (appellation donnée à ces porteurs de bottes en uniforme bleu qui parcourent les routes à la recherche d'un contrevenant, plus généralement appelé motards), dont c'est le métier, puisque spécialisés dans ce domaine, mais des autres, ceux qui peuplent nos brigades, ceux qui traitent l'événement au jour le jour, ceux qui vivent au coeur de la population, ceux qui vous reçoivent, vous accueillent et vous répondent lorsque vous composez le 17 et que vous êtes sous couverture gendarmerie, ceux qui reçoivent vos plaintes.

Le seul terme que, finalement, je retiens de cette chanson, c'est « allez, allez, », car, motivés, il faut l'être pour enfiler toutes ces casquettes dont je viens de vous faire état, et que l'on enfile successivement tout à tour selon les cas, selon les jours. 

Entre les astreintes premiers à marcher (PAM)1 ou 2 (pour les béotiens, il s'agit des équipes d'intervention), les astreintes OPJ, les permanences planton (le permanent de sécurité qui se doit de rester à proximité de son téléphone au cas où il serait sollicité pour intervention), les astreintes sous délais, et, ah, le réconfort après le dur labeur, les quartiers libres (terme applicable aux militaires puisque le gendarme l'est, qui signifie qu'enfin ce soir, il va pouvoir profiter de sa famille et de son temps libre sans avoir cette sonnerie stridente du téléphone qui le rappelle à ses devoirs), les repos (oui, oui, ça existe aussi chez nous), et le summum, les permissions (on me permet d'être en vacances, quelle diligence !), les jours passent, mais ne se ressemblent pas. La disponibilité, voilà bien l'essence de la gendarmerie !!!

Ca me fait penser que demain, je suis chargée d'accueil, ce qui, pour les non-initiés, consiste à tenir la permanence à la brigade pour répondre à toutes sollicitations, qu'elles émanent du citoyen qui se sera perdu à l'unité ou qui aura, tout simplement téléphoné, ou qu'elles émanent de la hiérarchie ou autres administrations. Et il faut tenir, c'est le cas de le dire, du matin au soir, entre midi et quatorze heures, à l'heure du déjeuner, où vous avez la joie d'apporter un peu de votre travail à votre domicile (lequel se trouve, sauf exception, car faute de place, en caserne, à deux pas des bureaux de la brigade), ne quittant jamais, au grand jamais, ce téléphone qui devient votre ami fidèle au moins pour 24 heures, bien qu'en soirée, ce sont vos collègues du centre d'opérations et de renseignements de la gendarmerie (CORG) qui prennent le relais, vous autorisant ainsi, des nuits plus sereines. 

Aurais-je le plaisir d'entendre la douce voix de crécelle de Mme ENCOREMOI, qui pour la énième fois, me soumettra son problème de voisinage avec M. EL MEMBETE, lequel a le malheur de choisir de tondre sa pelouse ou tailler sa haie ou nettoyer son véhicule au Karcher, à l'heure que où cette dernière choisit précisément de faire sa sieste, forcément. Sa sieste est d'une importance qu'il ne serait aucunement tolérable que son voisin vienne la perturber, certainement pas à quinze heures. En plus, juste avant, c'est les Feux de l'Amour. Ne s'agissant pas de nuisances sonores excessives, et, au vu de l'heure, difficile de reprocher à ce monsieur de vivre sa vie. Il ne peut décemment pas se calquer sur la vie de sa voisine, si « charmante avec lui », pour vaquer à ses occupations. Mais voilà quelque chose qui est difficilement audible pour elle qui pense à son confort. Sa sieste, elle y tient, et puis c'est tout ! Ne jugeant pas utile de se perdre en flots de paroles qu'elle estime inutiles, avec ce dernier, elle contacte donc régulièrement la gendarmerie afin que sauveurs, nous sommes, lui apportions THE solution, qu'il n'y a point, si ce n'est trouver un arrangement amiable entre les deux parties, les amener à discuter, enfiler la casquette de médiateur.... Mais à part cela, rien ! Nous ne détenons pas encore de solutions miraculeuses face aux mauvais coucheurs intolérants, qui ne tolère vraisemblablement, que leurs propres agissements, et rien d'autres, pas même leurs voisins. 

Ça me rappelle ces citadins qui, venus habiter à côté d'une ferme, se plaignaient du chant du coq. Je me doute qu'en plein PARIS, il est difficile de trouver un coq qui chante le matin, mais cela est très courant dans nos charmantes provinces. À quoi pensaient-ils en venant s'installer à côté d'une ferme? Les charmes de la ruralité, sans les inconvénients....les coqs n'étant ni classés en 1ère ou 2e catégorie (bien qu'il existe des coqs de combat), on ne peut donc les museler, j'en suis fort désolée.

Enfin, je n'ai pas reçu ce fameux appel, tant pas attendu. En revanche, une personne est venue me ramener un chien qu'elle avait recueilli devant son domicile. Non, Judge Marie, ce n'était pas le teckel qui a osé un jour, alors que vous étiez de permanence, vous affronter (promis, si je le retrouve, je vous en rends compte immédiatement!), mais un gentil labrador couleur sable sans collier, néanmoins tatoué. Pas de police municipale dans le secteur, donc, on vient à la gendarmerie. (même si cela incombe aux municipalités, mais nous sommes tellement bons et serviables). Rapide consultation sur le site de la société centrale canine (quand M le chien est coopératif et que son magnifique tatouage est lisible), propriétaire identifié, contacté et là, la personne vous l'ayant gentiment amené vous dit qu'elle a rendez-vous, urgent bien sûr, elle doit partir. Un chien sur les bras, manquait plus que cela. 

Quelque temps plus tard, toutou est rendu à son maîmaître, qui vous remercie chaleureusement, la perte de sa boule de poils, l'ayant profondément attristé (sentiment que je partagerais amplement si d'aventure, la mienne, euh mon chien hein, pour ceux qui auraient l'esprit mal tourné, disparaissait subitement). 

Je n'ai pas manqué entre-temps, de répondre aux diverses sollicitations téléphoniques : demande de renseignements concernant un dossier, M. TIMBRE désirant parler au Gendarme PROF. Me voilà à peine remise de mes émotions canines, que les pompiers sollicitent nos services pour un accident impliquant deux véhicules sur la nationale sur la commune de GEROULETROVITE. Il y aurait un blessé sans plus de précisions. Je contacte immédiatement les PAM 1 (si vous avez bien lu mon récit jusqu'à présent, ce terme n'a plus de secret pour vous) afin qu'ils effectuent la régulation et les constatations sur les lieux, puisque s'il s'avère que la personne est gravement blessée, ou décède sur place ou des suites de ses blessures, une procédure sera ouverte, sans oublier qu'il y a peut-être des infractions à relever (ah, les mécréants !!! ). 

Chose faite, je me remets devant mon ordinateur afin de consulter la messagerie. Court répit, M. TARTEMPION se présente au portail : il désire déposer plainte pour un vol commis dans son véhicule au cours de la nuit passée. Il s'agit d'une plainte contre X. Les constatations effectuées sur le véhicule n'amènent rien. Je prends sa plainte et lui remets son dépôt de plainte, qu'il fournira à son assurance, afin d'être indemnisé. La matinée se terminera sans encombre, hormis deux ou trois appels sans importance, me laissant un peu de temps pour rédiger mes autres procédures. Les collègues sont revenus de l'accident, ils établissent les divers messages obligatoires. À première vue, accident matériel, ce qui ne les a néanmoins pas empêchés d'effectuer toutes les constations utiles sur les lieux au cas où. Il est à présent l'heure d'aller me rassasier, comme pour eux. Je ferme les bureaux, non sans oublier de dévier le téléphone à mon domicile. J'ai dû bien recevoir deux ou trois appels entre midi et deux. Bonjour, est-ce que je pourrais parler au gendarme PASLA? Il est absent, donnez-moi vos coordonnées, il vous rappellera à 14 heures. Eh oui, grande nouveauté, les gendarmes, cette espèce de petits bonshommes bleus mangent ! Ils ne restent pas au bureau le midi, leur estomac criant famine, et méritant d'être apaisé. (même si dans certains secteurs, l'organisation est différente, permettant ainsi à l'unité de rester ouverte au public). En fait, quelle que soit l'heure, il sera toujours possible de contacter la gendarmerie, mais à certaines heures, ce sont les interventions et les demandes d'assistance qui sont traitées sans délai, pour le reste, il y a des horaires d'ouverture. Bon, après un bon petit repas, un petit moment de détente, il est temps d'y retourner. 

L'après-midi verra encore son lot d'appels, dont un pour une recherche de numéro de téléphone, il ne me semblait pas être un annuaire, mais bon, j'y réponds de bonne grâce. Un petit appel au magistrat du parquet pour une demande de décision concernant une plainte pour non-représentation d'enfant que j'avais prise le mois dernier, et dont le mis en cause a été entendu par mes soins. Médiation pénale. Il ne me restera plus qu'à convoquer les deux parties pour leur notifier. Plus tard, une femme se présente afin de déposer plainte pour violences conjugales sans ITT. Je la reçois et lui prends une audition, en étant parfois dérangée par ce téléphone, que j'aurais tant aimé qu'il me laissât tranquille. Je lui explique ce qu'il va se passer ensuite, discute un peu avec elle et lui donne son dépôt de plainte. Au cas où, je ne manque pas de l'informer de l'existence d'associations qui peuvent la conseiller. S'agissant d'une plainte contre une personne dénommée, j'informe le parquet par courriel, la modernité internettique. Je procéderai à un environnement dans les jours prochains, dès que le temps et le service me le permettront, avant toute idée d'entendre le mis en cause. Ca me fait penser que j'ai aussi plusieurs soit-transmis (ce sont en fait les enquêtes qui nous sont transmises par les magistrats, qui nous donnent alors leurs directives écrites pour les poursuivre) à traiter, et que je vais avoir besoin de convoquer les personnes concernées à l'unité. Je ferai ça à l'occasion d'un service de surveillance générale, ou comment surveiller de façon particulière 16 communes composant votre circonscription, les deux extrémités étant distantes de 45 kilomètres, service durant lequel vous en profitez pour prendre contact avec la population, remettre vos convocations, effectuer des vérifications, des enquêtes de voisinage....

Le reste de ma journée sera calme, pas de fait particulier à signaler. Ce n'est pas toujours le cas, il arrive que cela soit plus agité, jusqu'à retarder ma fin de journée aisément d'une ou deux heures, voire plus si affinités. Certains ont d'ailleurs le chic pour cela, et je dois l'avouer, j'en fais partie. C'est ce qu'on appelle des chats noirs, vous savez, ceux qui, lorsqu'ils sont de permanence, ne peuvent s'empêcher de les attirer, irrésistiblement, que ce soit en étant planton, ou PAM. Journée à deux, trois, six, dix plaintes, aucune journée de chargé d'accueil n'est égale à une autre. 

À l'issue de cette journée où je suis restée cloîtrée dans les bureaux de la brigade, voici venue l'heure de la débauche, en ayant, pris le soin de dévier le standard au CORG, et le poste servant de relais à mon domicile. Demain, je suis premier à marcher, et j’aurais donc la joie de m'aérer aussi bien de jour comme de nuit. Dormez bonnes gens, car, en effet, chaque nuit, de valeureux serviteurs parcourent les routes à veiller à votre sécurité, à répondre à vos demandes d'interventions, et à rechercher le malfaiteur, cette espèce si recherchée par nos services. Ce sont aussi les mêmes que vous pouvez croiser de temps à autre, de retour d'une soirée passée avec vos amis, sur le bord de la chaussée, grelottant de froid suivant la saison, et vous demandant si votre auguste personne a consommé de l'alcool avant de conduire son véhicule. Vous vous essayez alors à un fabuleux exercice de soufflerie consistant à gonfler un ballon blanc qui sera chargé de déterminer si vous avez consommé de ce breuvage. Sinon, félicitations, vous avez le droit de repartir. Sinon, je crains que vous ne deviez aller dans leur humble demeure afin de vous soumettre à un autre test de soufflerie, c'est-à-dire, à l'éthylomètre, qui seul vous indiquera le taux d'alcool présent dans l'air que vous expirez (à titre d'information, le taux à partir duquel vous êtes susceptible de faire l'objet de poursuites est de 0,25 mg/l d'air expiré), et sera déterminant de votre avenir. Bons joueurs, vous aurez droit à un deuxième souffle d'office, ou sur votre demande, sachant que c'est le taux le plus bas qui sera pris en compte de toute façon.

Bref, j'ai passé une excellente nuit, sans anicroche.

Je suis en forme pour cette journée qui se résumera à quatre interventions très différentes les unes des autres : des constatations du cambriolage du magasin de bricolage du coin, au règlement d'un différend entre une mère et son fils sur lequel elle n'a plus aucune emprise, en passant par une intervention en concours de l'huissier local pour une ouverture de porte, et finalement encore des constatations suite au cambriolage d'une résidence. Hum, hum, deux constats de vol avec effraction en une journée.... y'en aura t'il d'autres ? Non. Finalement, je n'aurais eu qu'une heure pour manger le midi, ayant été rappelé alors que justement, je m'étais attablée pensant pouvoir me délecter de mon copieux plat cuisiné tout prêt à faire réchauffer au micro-ondes (ces jours-là, il vaut mieux ne pas perdre trop de temps, si on veut ne pas devoir rester à la diète forcée,longtemps, si les événements se succèdent). Arrive la soirée, l'heure à laquelle, il est temps de vous adonner à votre petite escapade nocturne. Vous vous couvrez, il ne fait pas chaud, surtout ces temps-ci. La nuit est calme, même sur la conférence radio. Vous rentrez enfin pour retrouver votre lit, qui vous attend. Morphée vous appelle, mais brusquement, un son que vous connaissez si bien, et que vous exécrez à cette heure, vient vous perturber. Le téléphone !!! Il pleure, vous appelle, vous intimant de venir à son secours. Vous vous levez. Il est quatre heures du matin. Vous êtes rentré à 1 heure. C'est le CORG, il y a un accident : un véhicule a percuté un sanglier, le conducteur demande l'assistance de la gendarmerie. Vous vous rhabillez, la tête enfarinée, et vous y allez. Sur place, vous faites le nécessaire, appelez un dépanneur, et faites évacuer le cadavre de l'animal. Vous pensez pouvoir rentrer, mais non, un automobiliste a appelé, car un cheval divague sur la départementale 343, avec les risques d’accident que cela implique. Vous vous y rendez. Bien sûr, l'appelant n'est pas présent sur les lieux. Vous avez beau cherché, mais point de cheval vous ne trouvez. Pfff, il a sûrement regagné un champ avoisinant. Heureusement, on était déjà dehors. Fiers d'avoir accompli notre mission, nous rentrons. Un petit message à tite de compte-rendu, puis retour à la maison, et cette fois-ci, j'espère pour le reste de la nuit, ce qui arriva. Il est cinq heures et demie, je reprendrais donc le service à 15h30, bénéficiant de dix heures de repos physiologique à l'issue d'un service de nuit. 

Demain, en fait, c'est plutôt ce soir, au vu de l'heure, je suis de quartier libre, donc je passerai une soirée tranquille, après être allée faire mes courses au supermarché, car il faut bien s'approvisionner. On s'organise, car avec les astreintes, il faut être prévoyant. Je consacre mon après-midi à avancer dans mes procédures : deux auditions de témoin prévues. Un collègue me parle de l'un de ses dossiers, une enquête judiciaire avec des placements en à vue est programmée la semaine prochaine. Je l'assisterai, comme quatre autres camarades. Il y en aura pour la journée, peut-être le lendemain, c'est selon. De longues journées en perspective. Dans l'immédiat, j'ai mes auditions. Le calme est perturbé en fin d'après-midi, par un appel d'urgence à la radio. Il y a eu un vol à main armée sur notre compagnie, le plan Épervier est déclenché. Les PAM 1 étant engagés sur une découverte de cadavre, nous devons nous mettre en poste. Fort heureusement, j'en avais fini avec mes témoins. Moi, qui étais de quartier libre, je pense que mes projets risquent d'être compromis, le service avant tout. Je suis rentrée à 19h30 et le supermarché ferme. Mes courses attendront le prochain quartier libre ou mes repos à venir (deux jours par semaine, ou quatre jours d'affilée par quinzaine). L'organisation n'est pas toujours aisée, quand l'imprévu montre son nez. 

La semaine se poursuit. Aujourd'hui, je passe ma journée dehors, matin comme après-midi (on pourrait penser qu'il s'agisse de ballades rémunérées, mais il n'en est rien, combien de fois ai-je entendu : « Tiens, ils se promènent »), la rédaction de mes procédures attendra (sic)...Vous ne manquerez certainement pas d'expliquer cela à Mme UNTEL, M. JAIFOIENVOUS, et M. CURGENT, qui vous appellent régulièrement pour savoir où en est leur plainte, leur expliquant que, non, vous ne les oubliez pas, que vous les contacterez dès que vous aurez à le faire, et que vous ne disposez pas encore de quatre bras et deux cerveaux, et encore moins de journées de 48 heures, que bien que vous compreniez le caractère gravissime et urgent - tout devient de fait plus urgent lorsque l'on est concerné, même si, cela va sans dire, vous compatissez, vous êtes accessible à leurs griefs, mais à l'image de PARIS qui ne s'est pas fait en un jour, il en est de même pour toute enquête, envers et contre la tendance actuelle qui voudrait que tout soit traité avec célérité - de leur affaire, que vous ne pouvez faire autrement, entre les imprévus et les impératifs de service. 

Ce matin, je vais faire mon enquête de voisinage suite à la série de dégradations qu'il y a eu la semaine dernière dans le centre de la commune de VISICI. Et puisque nous ne sortons qu'en paire (on appelle cela un binôme), il faudra également penser à nous rendre sur VAPALA, afin que ma moitié puisse présenter un tapissage photographique (en fait, il ne s'agit point d'élire celui qui vous semble le plus beau, le plus charmant, mais on vous présente une planche photographique contenant plusieurs photos de personnes déjà connues en base, dans l'éventuel but de reconnaître celui que vous auriez vu commettre un méfait) à un témoin de faits de violences, et bien sûr l'entendre afin de l'acter en procédure. S'agissant d'une audition courte, on la fera sur place, muni de notre carnet de déclarations (eh non, l'ordinateur portable, vous pouvez oublier, nous sommes très traditionnels, nous préférons l'écriture – un peu malgré nous - ça fait moins geek tout de suite) Ensuite, accessoirement, nous ferons un peu de surveillance, ce qui, initialement, est le but premier de notre service. 

Mais, nous devrons aussi rendre visite à Mme MICHU, à VALABA, afin de faire des vérifications sur son véhicule, à la demande d'une brigade voisine. Voici venue l'heure de RENTRER. L'après-midi, nous sommes en service imposé de police de la route où, pendant toute la durée d'icelui, vous serez à la chasse aux mécréants qui oseraient contrevenir au Code de la route, bravant le vent, la pluie, la neige.... s'il y a lieu. Pour ma part, après dix voitures contrôlées, aucune infraction relevée, j'en aboutirais à remettre une convocation à M.PADSOU, qui a omis de faire passer son véhicule à la visite technique alors que celle-ci était dépassée depuis deux semaines. Pas de verbalisation, tant il est préférable que ce dernier aille s'acquitter du montant de cette visite, plutôt que des 90 € inhérents au paiement de l'amende relative à cette infraction, charge à lui de revenir me voir à l'issue du délai que je lui ai fixé, en ayant corrigé la chose. (Quoi? Eh non, je n'ai pas sorti mon joli carnet rose, synonyme de la douloureuse..) Ca me fait penser que la première fois que j'ai eu à faire usage de ce carnet, j'en étais toute tremblante et intimidée, et ce, d'autant plus que je me faisais vertement pourrir par cette charmante personne qui était « ravie » de faire connaissance avec moi. Je vous rassure, depuis, je porte mon gilet pare-balles en permanence, on ne sait jamais !!! C'est vrai quoi, nous n'avons vraiment que ça à faire, et le pauvre citoyen qui se sera fait voler son vélo que vous n'aurez pas retrouvé, ni d'ailleurs ceux qui auront commis ces faits, est ce que vous y pensez, je me le demande ! . Non, mais vraiment, c'est intolérable !!! Toujours là quand il ne faut pas, et jamais là quand il le faut ! 

À côté de ça, vous vous souvenez de ce jeune garçon de 16 ans qui a chuté de son scooter il y a cinq mois, et qui malheureusement est décédé. Il ne pensait certainement pas à mal lorsqu'il circulait en n'attachant pas son casque, et en le mettant comme bien des jeunes le font, légèrement surélevés. Il ne pensait certainement pas non plus à l'accident lorsque devant ses copains, il s'amusait à faire des wheelings et pourtant, cela arriva (selon l'adage, cela n'arrive qu'aux autres, paraît-il...). Oui c'est vrai, toujours là quand il ne faut pas, et jamais là quand il le faut ! Et, on saura, bien sûr, vous le dire.

Père Noël, en cette fin d'année où je te sais si surchargé, à moi qui ai été si sage toute l'année, merci de ne pas oublier mon soulier, et de penser à m'apporter cette jolie boule de cristal que je voie en rêve, et que j'attends depuis tellement de temps !

Ceci n'est, pour sûr, pas une semaine type, ni un emploi du temps type, tant notre activité dépend de l'événementiel, qui selon les périodes, les jours, est plus ou moins intense. Alternance de moments calmes, suivis de moments plus mouvementés, on s'adapte, fonction du secteur sur lequel on évolue, fonction de la population occupant celui-ci.

Aussi, ne soyez pas surpris, si un jour, vous faites connaissance avec le conjoint ou la conjointe d'un gendarme, qui vous fredonnera : quand il me prend dans ses bras,il me parle tout bas, je vois la vie en bleue...car bleue est la vie, plus bleue la vie ! Tout du moins celle de votre serviteuse, comme celle de ses collègues. 

* Récit datant de l’époque où je servais encore la grande bleue...

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commentaires

Zythom 05/03/2012 12:55

Quelle vie trépidante que celle des gendarmes! Mais quel dévouement et quel sérieu dans les missions. J'ai toujours apprécié la rigueur toute militaire des rapports que je peux avoir avec les
gendarmes dans le cadre de missions d'expertise judiciaire. Quel dommage qu'ils n'aient pas su vous garder...

tinotinoblog 05/03/2012 22:36



Un métier passionnant ! Des missions variées, pas de routine, pas le temps de s'ennuyer. Certains aspects me manquent, d'autres non car c'est aussi très prenant et la vie personnelle en pâtit un
peu. Enfin, je pense n'entrevoir les désagréments plus maintenant que j'en suis partie... C'est une page qui restera gravée. Si j'avais pu rester, j'y serais encore.



claiiireb 04/03/2012 10:48


excellent :D


J'viens d'une famille de "bleus"(padre et grand padre militaire). autour de moi, tous les potes de mon père sont aussi des bleus et j'ai été bleue (très clair) 2 étés (ASVP). ce que tu as écrit
me rappelle TELLEMENT de situations vécues... L'attente, les patrouilles, les cons...


ce qui est exaspérant, du moins, ce que je trouve exaspérant, et je pense que tu seras d'accord, c'est le mépris avec lequel les gens te traitent. soit ils te pourrissent comme si t'étais la pire
râclure du monde, soit ils pensent que seule LEUR affaire est importante, et, comme tu le racontes très bien, que tu DOIS traiter ça en urgence. 


Je trouve ça désolant que les gens ne se rendent pas compte du travail abattu par les forces de ce pays. ca m'attriste. 

tinotinoblog 04/03/2012 18:33



Je pense aussi que la méconnaissance des différentes tâches y fait beaucoup... Il y en combien qui pensent que nous ne sommes bons qu'à mettre des PVs. Ils ignorent la totalité du reste des
missions, qui sont si variées qu'ils ne se l'imaginent même pas. Reste toujours ceux qui sont réfractaires à l'uniforme et ceux-là, quoique l'on fasse, seront toujours instisfaits.



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