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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 15:15

Ah la prison ce sujet objet de tous les fantasmes partagés entre ceux qui voudraient qu'elle soit un lieu d'expiation des péchés, et ceux qui se battent pour au contraire l'humaniser afin qu'elle ne soit que synonyme de privation de liberté, qui est en soit une lourde punition. 

 

 La liberté n'est-elle pas le bien le plus précieux que l'Homme a à chérir ? La liberté d'aller et venir, la liberté d'expression, la liberté d'opinion, la liberté de penser, la liberté d'entreprendre ce que l'on veut... Ne nous sentirions-nous pas comme des oiseaux en cage si tour à tour celles-ci nous étaient retirées une à une, nous dépouillant de ce qui nous est le plus cher, sans en détenir la clé pour en sortir? 

 code prison

Hormis les "no life" pour lesquels la seule présence d'un ordinateur suffit à les satisfaire pleinement sans avoir à sortir, qui pourrait prétendre pouvoir passer aisément des jours, des semaines, des mois enfermés en vase clos, dans un monde où tout s'exacerbe de part la promiscuité, de part le personnalité des gens qui l'occupent, de part la rencontre de gens de milieux différents présentant diverses pathologies ou non ? Qui? 

 

Aussi, il faut prendre en considération cette sanction comme violente en elle-même. Nul besoin d'en rajouter, ni de souhaiter le retour du bagne tant son usage n'a vraiment pas convaincu de son bienfondé dans la lutte contre la récidive ou encore même la prévention du passage à l'acte. D'ailleurs, ce n'est pas tant la sévérité de la sanction qui dissuade mais la certitude d'être sanctionné. Là est toute la nuance ! Rappelez-vous gamin, lorsque vous envisagiez de braver l'interdit. Ah mais vas-y c'est bon, on ne se fera pas avoir, personne n'en saura rien. Et hop, allez, en douce, on fait. Vous aviez beau savoir que vous n'aviez pas le droit, mais vous l'avez quand même fait, pour le fun, pour la sensation de gloire que retire cette mini-victoire sur le monde des adultes, pour être de pair avec vos camarades.

 

Ces principes sont valables également lorsqu'une personne enfreint la loi. A l'instant T, elle ne pense certainement pas à la sanction ni aux conséquences. Combien disent simplement qu'ils se sont laissés aller, qu'il ont pété les plombs, qu'ils ont avant tout penser à la manne financière que produirait leur délit, ou encore qu'ils ne pensaient pas aller jusque là? D'autres diront qu'ils n'en ont rien à fiche. Cest ainsi, tous domaines confondus, il y aura toujours des irréductibles pour lesquels les solutions seront toujours difficiles voire même impossibles. Je ne parle même pas de ceux souffrant de pathologies pour qui le principe de sanction non accompagnés de soins paraît dérisoire. Vouloir traiter un problème en n'en traitant que les conséquences, c'est se tirer une balle dans le pied, car il repousse comme le chiendent et en s'enracinant de plus en plus.

 

Je ne suis pas pessimiste, ni reac, mais notre société est de plus en plus malade. Le stress, le rendement, la misère sociale, l'intolérance, la crise, le chômage, les inégalités, le sentiment d'être des oubliés du système et le développement de l'individualisme rendent l'équilibre de certaines personnes assez précaires. L'autre jour, je discutais avec un psychiatre d'une équipe mobile patrouillant dans les rues qui me faisait part de son inquiétude. Il y a de plus en plus de gens souffrant de pathologies dans les rues. Je le constate également dans le cadre de mon métier mais plus largement lors de conflits de voisinage où l'on se rend compte que là aussi, la pathologie prend une place importante. Sommes-nous tous malades de ce monde qui va trop vite et qui écrase un peu plus chaque jour le collectif sous le poids de l'individualisme? Je l'ignore. Je me pose des questions. Le stress est tellement un facteur déclenchant de nombre de névroses... (Vous avez compris, il faut cultiver la zenitude !) Peut-être suis-je simplement trop altruiste et pas assez égoïste... Ou peut-être suis-je simplement un peu fleur bleue, mais loin d'être innocente cependant.

 

Une chose est sûre, c'est que je me dis que personne n'est à l'abri de chuter un jour et de re retrouver dans les méandres carcérales. Parfois, tout va si vite ! Il suffit d'un événement, d'une faiblesse, d'une lente descente ou au contraire d'une descente brutale pour se voir emporter par les côtés les plus vils de l'être humain. Je ne dis pas que cela arrive forcément. On a tous eu une éducation, bonne ou pas, tous eu des principes, bons ou pas, encore que, certains ne disposent même pas de ces cartes-là pour affronter la vie. On fait tous plus ou moins preuve de libre-arbitre mais parfois celui-ci se heurte à certaines barrières qui s'imposent d'elles-mêmes. Alors? Comment ne pas être sensibilisée sur ce qu'aujourd'hui, dans une société comme la notre, la prison doit avoir comme place? On le sait, les prisons françaises sont surpeuplées. Les conditions de vie et surtout de réinsertion ne sont pas conformes à ce qu'on pourrait en attendre.


On nous promet de grandes et belles prisons avec toujours plus de places. Peut-être aurez-vous la vôtre, ou moi la mienne, qui sait. Je suis vraiment heureuse qu'on se préoccupe de mon éventuel futur hébergement, mais j'aimerais tellement mieux, pour moi, pour nous, pour vous ou nos/vos enfants. Victor Hugo partait du principe suivant : "Qui ouvre une école, ferme une prison" . Je crois qu'on en est rendu à la démarche inverse : "Qui ferme une école, ouvre une prison". Toutes ces lois toujours plus sécuritaires n'ont pas endigué l'évolution de la délinquance, loin de là. On le voit bien. Leur empilement successif n'a fait que désservir la Justice qui à chaque fois, oeuvre dans l'urgence avec le peu de moyens qu'on lui accorde. A quoi rime de proposer une loi à chaque fait divers? A rien. Mais cachez-moi cette misère que je ne saurais voir ! On préfère agiter des épouvantails dès que possible. Ca fait un responsable, tant mieux, on aime ça taper sur la tête d'une personne qui n'y peut rien. (Cf affaire de Pornic... ) A l'heure où règnent les concepts du risque zéro et du principe de précaution, on ne saurait tolérer qu'il y ait la moindre petit  proéminence qui fasse office de tâche sur une grande "oeuvre".

 

Mais dans la réalité, on veut mais on ne donne pas les moyens. Il serait bon d'envisager les choses à moyen et à long terme en se départissant de la chose politique qui évolue en fonction des désirs de l'électorat, et de l'émotionnel qui provoque des réactions plus ou moins excessives. Le sujet est beaucoup trop grave pour être traité comme un vulgaire appeau à électeurs. 

 

La Finlande l'a fait. Pourquoi ne serait-ce pas envisageable en France?



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Published by tinotinoblog - dans Justice - Prison
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commentaires

tschok 07/03/2012 14:40


Oups, java pas vu.

tschok 05/03/2012 11:16


Au fait, qu'est-ce qu'ils ont fait les Finlandais?

tinotinoblog 05/03/2012 22:31



Ah oui ç'est vrai... (Mode boulet qui n'a pas pensé à en parler don son billet) Je l'ai expliqué à Naddie un peu plus haut. Ca reprend ce que dit Vyger91 en gros : une vaste réflexion, des
spécialistes mandatés pour mettre en oeuvre quelque chose de cohérent bien loin de toutes pressions médiatiques ou politiques.



VyGER91 04/03/2012 20:25


En France on adore créer des commissions qui bosse longtemps pour rendre un rapport (d'autant plus intéressant que la commission a été constituée de vrais experts plutôt que par copinage) ... qui
ne sera jamais utilisé. Tout au plus certains passages, sortie de leur contexte, seront cités pour justifier des mesurettes en phase avec l'actualité.


Ce qu'il faut c'est créer une commission de réforme qui ne rend pas un rapport, mais a tout (les pleins pouvoirs sur le domaine en quetsion, un budget garantie, des membres inamovibles pour une
durée déterminée, ...) pour effectuer la réforme en total indépendance du pouvoir, avec des experts qui n'auront pas été nommé d'en haut mais "élu" par leurs pairs comme les plus représentatifs
dans leur domaine de compétence.

tschok 02/03/2012 15:00


Bonjour Tinotino,


Je visite.

tinotinoblog 02/03/2012 16:01



Bonjour, j'espère que vous vous êtes bien essuyé les pieds avant de rentrer. Fermez bien la porte en portant afin que ce blog ne s'enrhume pas.



naddie 28/02/2012 22:39


Voilà un post passionnant. Ce n'est pas trop mon domaine, et je serai un peu plus mesurée mais c'est le propre de ce genre de sujet que de prêter à discussion. 


Que s'est il passé en Finlande ?


Selon moi la "menace de la sanction" aujourd'hui n'est plus suffisante, mais le problème est en effet plus profond et je te rejoins sur ce point.

tinotinoblog 29/02/2012 13:09



Alors en Finlande, ils se sont trouvés à faire face à la surpopulation carcérale dans les années 70. Ils ont entamé une politique réductionniste mise entre les mains de spécialistes à même d'agir
loin des pressions médiatiques et politiques afin d'obtenir un tout cohérent. Un consensus général s'est mis en place entre tous les acteurs judiciaires, les administrations et la population.
Cela leur a pris du temps mais ils sont passés d'un taux d'incarcération de 120 pour 100 000 en 1978 à 73 pour 100 000 en 2005.


Ainsi, la détention provisoire n'existe que pour les criminels violents dangereux. Il existe 13 open institutions qui fonctionnent à l'image de Casabianda en Corse. Ce sont des établissements
ouverts où les détenus travaillent et où les mesures de sécurité sont faibles. 


Même si la réalité de nos deux pays sont bien différentes, on peut tout à fait imaginer que cela puisse exister en France, encore faut-il réellement vouloir s'en donner la peine. A l'heure
actuelle, on parle plus de remplir les prisons que de les vider... ou alors on les vide mais de manière désorganisée au gré des lois, au gré de l'iopinion publique. 



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