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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 16:00

Je m'interroge parfois sur les raisons qui m'ont fait autrefois embrasser la vocation de gendarme, puisque c'est ainsi que je la considère, ou autrement dit comme un sacerdoce. Cette question a beau tournoyé dans mon esprit, il ne m'est pas aisé d'y trouver une réponse de manière claire et précise. Est-ce pour le sens du service d'autrui, ou pour la sensation d’œuvrer pour un idéal de justice qui peine un peu à se grandir en ces temps assez agités, ou bien pour la gloire d'arborer fièrement cet uniforme que je portais au quotidien, même si point de gloire il n'y a ? Est-ce simplement de la fierté, chose que je ne saurais juger déplacée eu égard à certaines composantes de ma vie ? Cette vie qui aurait pu, dans mon enfance, me réserver un tout autre destin. Le destin...


Sommes-nous destinés à, ou sommes-nous seulement dans des dispositions qui font que certains choix de vie s'imposent à nous, sans pour autant nous enfermer dans ceux-ci ad vitam eternam ? Vaste question à laquelle toute réponse péremptoire semble fragilisée face à la complexité de l'existence ! On ne dira jamais assez que la nature humaine est une chose complexe, partagée entre moultes tendances se retrouvant parfois aux antipodes l'une de l'autre ; alors essayer de résumer la vie, une vie, en un volet simpliste est une pure perte de temps. Je souhaite bien du courage à ceux qui s'y essaient, au risque de se voir affublés de splendides œillères restreignant ainsi leur champs de vision de manière inéluctable.

 

J'avoue qu'il m'est arrivée de perdre la flamme qui m'animait récemment, dans le cadre de la perte de l'emploi qui était pour moi ma vocation. Le destin... Pourtant, elle est toujours là. C'est elle qui a continué à m'éclairer et qui m'a dirigée vers le nouveau métier que j'exerce. Lorsque l'on tombe de cheval, il faut remonter en selle, et tout de suite, sans attendre, sinon la crainte et l'appréhension se lient au doute et vous font descendre lentement vers des profondeurs capables de vous engloutir. Si vous ne vous raccrochez pas aux solides branches de l'arbre enraciné en vous, vous chutez. Cette flamme brûle toujours en moi. Elle continue d'être bien vivante, même si elle subit des variations d'intensité à mesure des événements jalonnant mon histoire. Le roman de sa vie, chacun l'écrit, soit de son propre fait, soit de manière subie, mais les pages continuent à se remplir, inexorablement. Pourtant, quand j'y repense, rien ne me prédisposait forcément à évoluer dans ce sens. C'est fou ce que peu de choses arrivent à faire la différence.

 

Si je devais me référer à mon ancien jargon professionnel, je n'ai rien à envier à ceux qui sont qualifiés de «cas sociaux», loin de là. Comprenez qu'il s'agit d'un terme générique usité pour désigner des familles en difficulté, de manière générale, ceux chez qui, les services de police ou de gendarmerie interviennent bien souvent pour des différends de couples, de voisinage ou tout autre problème lié à la sphère familiale. Autant dire que c'est un univers que je connais plutôt bien, ayant eu moi-même à vivre dans ce contexte de longues années. Etais-je une sorte d'OVNI, parmi ce florilège de personnes, qui semble plutôt préservé de certaines turpitudes...Je n'en sais rien, je ne suis certainement pas un cas unique. Tout le monde porte en soi son propre fardeau. A l'heure actuelle, je suis encore au contact de ce genre de personnes mais de manière différente.

 

Quand j'avais cinq ans, une partie de moi s'est envolée avec ce père, qui préférant fuir les tensions conjugales, en a occulté le simple fait que sa présence aurait pu être bénéfique pour sa chair, mais en a-t-il eu seulement conscience, ou peut-être a-t-il senti qu'il en serait mieux ainsi. Longtemps je suis restée dans mes questionnements, dans mes doutes, dans mes craintes.. Et si? si c'était dû à moi. Sa dernière visite m'était dédiée et je n'ai su en profiter à l'époque tant ma douleur était immense de vivre cette situation conflictuelle. Il était responsable de la douleur ressentie par ma mère puisqu'après tout, il l'avait quittée. Il était responsable du fait de nous laisser seuls. Je n'ai alors pas voulu le suivre chez lui, et il ne m'a pas emmenée. J'avais beau avoir cinq ans mais déjà, à cette époque ce caractère que j'ai pu avoir à regretter par la suite. C'est ce ressenti qui m'a habité quand le temps passant, l'âge se faisant sentir, j'y repensais. Il n'a plus donné signe de vie, hormis de manière financière par le paiement de la pension alimentaire, après ce jour. Aussi, j'ai pris cela pour moi, quand bien même j'étais loin de maîtriser l'ensemble des choses afin de les appréhender plus justement. L'on est aveugle lorsque l'on se borne dans une vision unique, sans possibilité d'ouverture. 

 

Il et vrai que la vie avec ma mère et mes frères était loin d'être simple. Seule, sans travail, avec quatre enfants, elle nous a élévés malgré les problèmes de santé à répétition, les problèmes financiers à foison. Elle faisait ce qu'elle pouvait, avec les bases qu'elle avait. Et pour cela, autant dire que pour certaines choses, elles étaient solides malgré tout, notamment sur l'aspect éducatif : hors de question de rater ce qui forgera l'avenir de ses enfants. Pour elle, enfant de l'assistance publique, retirée à sa famille en raison de parents alcooliques, rien ne comptait plus que ses enfants, avec en ligne de mire, l'objectif qu'eux ne vivent pas ce qu'elle avait vécu. Pourtant elle avait bien rencontré celui qui fût son mari en hôpital psychiatrique alors qu'elle était soignée pour dépression, et lui pour son alcoolisme. Elle, qui rejetait l'alcool, avait fini par tomber amoureuse d'un homme présentant les travers qui la rebutaient. Ah le destin, toujours prêt à nous jouer des tours celui-là, même si en filigrane, une chose les rapprochait, il avait lui aussi été retiré à ses parents ! Elle s'était mise en tête de le faire changer, de l'aider mais peut-on vraiment aider quelqu'un contre lui-même? Je suis convaincue du contraire. Aussi, peut-être que la façon dont s'est terminée leur histoire était prévisible. Allez savoir... La vie avec un alcoolique n'a rien d'enviable et cela grave en mémoire des scènes qu'il serait préférable d'oublier, ou en fait non, ne surtout pas les occulter pour les garder à l'esprit afin de s'en servir utilement pour l'avenir.

 

Bref, une chose est sûre, c'est que les services sociaux, malgré tout ce qu'on peut leur reprocher ont fait leur travail. Je ne saurais jamais assez remercier cette assistante sociale qui nous a suivis de près, tout comme cette assistante familiale, ou encore ces aides ménagères. Je n'oublie pas non plus tous ces voisins, qui à leur façon, nous ont chacun apporter ce petit plus qui fait toute la différence. Cela réconforte et aide à redresser la tête. Ainsi, je n'ai, pour ainsi dire, jamais connu ces magasins de mode vers lesquels les jeunes filles accourent. Ma marque à moi, c'était emmaüs, la croix rouge, U ou de simples dons. J'étais habillée correctement, et tout de même, n'est-ce pas là l'essentiel? Je le juge ainsi bien que je fus l'objet d'innombrables moqueries. Les enfants sont durs entre eux, peut être bien plus durs que les adultes car ils n'ont pas conscience de certaines choses. Néanmoins, parmi les personnes dites mûres, on ne peut pas dire qu'elles brillent toutes par leur intelligence, loin de là. Quelle est cette chose bizarre, chez qui il s'est produit des événements que je ne connais pas? Pourquoi donc sa mère fait sans cesse des malaises? T'as vu, son père, c'est celui que l'on voyait tout le temps bourré, il a même défoncé le muret de chez lui avec sa voiture. Paraît que leur tante a tué leur oncle et qu'elle est en prison, paraît aussi qu'il y en a une autre qui est folle et une autre prostituée....et tu ne sais pas, il y a aussi un oncle qui a été tué quelque temps après s'être évadé d'un hôpital psychiatrique, ah, et y'en a un autre qui est très bien connu de la justice, et puis aussi, le petit frère, lui il a été renversé par une voiture quand il avait 8 ans, il est handicapé...

 

Blablabla, je ne sais pourquoi les gens adorent tant se régaler du malheur d'autrui, ou ne se lassent pas de le commenter, en y apportant leur touche, leurs pseudo-explications... Cela doit leur passer le temps ! Moi-même, je m'en préserve. Quoiqu'il en soit cela apporte toujours et encore plus d'eau à leur moulin pour se faire des jugements hâtifs sans les pousser au-delà. C'est d'un triste. Résumer une personne à ce qui gravite autour d'elle est petit, simpliste, et ne porte que peu de considération pour ce qu'est réellement un être humain, un être complexe. Cela a le don de m'exaspérer au plus haut point. Non, tout n'est pas simple, linéaire... Il ne suffit pas de voir la partie émergée de l'iceberg pour se faire une idée d'une personne.

 

La preuve, durant toute ma jeunesse, je m'étais forgée des idées bien arrêtées sur mon père, toutes plus négatives les unes que les autres. Normal, il était absent, après tout, les absents ont toujours tort ! Pourtant, la maturité m'a fait prendre en considération des aspects que j'ignorais jusqu'alors. Peu à peu, le désir de le revoir me gagna, avec à l'idée d'avoir peut-être une discussion, des mots, un échange, dans le calme, et sans amertume. Je crois que ma rancoeur avait cédé sa place à autre chose de plus constructif. Cette idée fit son chemin un moment avant que je puisse la concrétiser et quand il fut temps, le destin y apporta son côté malicieux. Mon père, que je n'avais pas vu depuis au moins 20 ans, était atteint d'un cancer, qui l'emporta 4 mois plus tard. Saloperie de maladie, saloperie de destin !!! J'ai eu beau enragé, cela n'a rien changé malheureusement. Pourquoi? Ce n'était pas le moment. Je venais juste de retrouver ce que j'avais perdu il y a si longtemps.

 

Alors, durant ces 4 mois, j'ai croqué chaque instant à pleines dents, en ayant en tête que l'instant vécu serait peut-être le dernier, sorte de course contre la montre, en espérant que celle-ci ne s'arrête pas trop tôt. Pourtant 4 mois après, c'est arrivé et j'avais au fond de la gorge, un arrière goût doux et amer. La pilule était trop grosse et elle restait coincée : pourquoi avais-je attendu tout ce temps, punaise ? Peut-être simplement que je n'y étais pas prête, certainement même, mais quel gâchis au final ! Il s'est avéré que celui que je haïssais le plus avait rudement changé, même si cela ne l'excusera jamais d'avoir laissé derrière lui, sans se retourner, ses enfants. Il faut parfois savoir se forcer, se bousculer pour passer outre ses jugements de valeur, avancer, et y gagner. Je suis  aujourd'hui heureuse d'avoir pu faire ce choix, même si l'issue en fut malheureuse, d'autres ne l'auront jamais. Dans le fond, je préfère conserver le bon côté des choses, en me disant que peut-être jamais je n'aurais vécu cela, et que je serais passée complètement à côté.


Ne jamais regretter, ne pas se retrouver en position de l'être, sacrée devise, difficilement tenable en toutes circonstances, mais quand même bien présente. 

 

Toujours est-il qu'aujourd'hui, la perception que j'ai de mon parcours professionnel, l'approche que je peux avoir à l'égard des personnes que je rencontre, sont fortement liées à mon vécu. C'est peut-être cela la clé de mes questionnements. Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas et aucune barrière, aucun col n'est définitivement infranchissable. C'est sans doute cela que j'ai voulu chercher, ou prouver au vu des événements passés dans mon cercle familial. Je me le demande...

 

"Le destin mêle les cartes et nous jouons" - Arthur Schopenhauer

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Published by tinotinoblog - dans Réflexions
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commentaires

reclusionnaire 22/04/2013 22:34


Il y a beaucoup de choses qui sont dans l'après,comme des signes du destin ! Certains (e) s ont dans le fond de leurs âmes (j'aime le dire ainsi quand je parle d'éducation, d'amour reçu,
d'apprentissage de la vie sans mensonges ...) , ce petit brulot qui s'appellera donc conscience. 


D'autres, qui ne peuvent pas, qui ne le ressentent pas... Personne n'ayant pris soin de poser au fond d'elles/eux ne serait-ce qu'un peu d'humanité, d'attention au petit monstre qui grandit
(chaque enfant en est bien un (e)), le tenant par la main afin qu'il ne s'égare ! Pas de guide pour allumer cette infime lueur.


Puis encore, d'autres qui auront obtenu (e) s le « tout ce qu'il faut » et qui percuté d'un grain de sable auront de leur vie, une trajectoire contrariée... qui les mènera dans le juste, ou
surfant hors piste !


Ce qui resterait d'autres ne peut qu'être né (e) s ainsi, défiant les lois naturelles , de l'humanité ... Des malades, incompréhensibles,  que je plaints.


Personne ne détient la clef de l'avenir, et aucun(e) s de nous n'est exempte de trainer derrière lui/avec soi les expériences acquises, qui font ce que nous somme sur l'instant ! et c'est
avec ou sans conscience que seront écrites les lignes suivantes de notre vie ! Votre choix n'est pas le plus facile !


Et quand le litre de vin, la canette de bière, ou plus fort encore s'immiscent dans une vie... les virages/écarts de vie deviennent
vraiment dangereux !


Ce qui peut être un échec pour l'un (e), se transforme aussi pour l'autre en force ! chacun (e) y trouvera ses raisons, ses excuses...
(Pensant à « sauf pour un »)


Mais je ne vous dis que ce que vous savez , et arrête là l'égo du monologue !


Merci et comme je l'ai lu dans les commentaires « sacrée force intérieure dans ce petit écureuil » ! 

VyGER91 11/03/2012 12:38


Effectivement, il faudrait trouver un angle d'approche chez les jeunes. Pas une méthode moralisatrice, ça ne marche pas. Il faut réussir à montrer que ce n'est "pas cool". Ou alors une méthode
choque (stage obligatoire mettant en face avec  les différentes conséquences de l'alcool), mais il peut alors être dangereux de l'utiliser sur de jeunes enfants.

VyGER91 09/03/2012 23:21


Je ne vois pas trop ce qu'on faire de plus contre la consommation abusive d'alcool. La vente est interdite aux mineurs, les open bar sont interdits et effectivement poursuivis, la pub est
interdite, il y a des mentions sur les bouteilles, de temps en temps on voit des campagnes contre l'abus d'alcool et concernant l'alcool au volant ça n'a jamais été aussi répressif.

Qu'est-ce qui reste à faire à part interdire l'alcool ? Ce qui n'a aucune chance de fonctionner, ni de passer.

Il n'y a pas forcément de solution à tous les problèmes. Certains il faut juste accepter de vivre avec.

tinotinoblog 11/03/2012 11:19



Je ne pense pas qu'il faille interdire l'alcool. Comme vous le dites, ça ne règlera pas le problème. Cette interdiction serait de toute façon contournée. Je pense que la sensibilisation et la
prévention peuvent faire leur effet mais on n'empêchera jamais quelqu'un de sombrer dans ce vice qui se veut être une pseudo vertu de soulagement. L'important c'est d'en discuter, notamment avec
les jeunes qui ont une consommation vraiment différente.


Je le constate lorsque l'on fait des interventions dans les collèges. Ils boivent beaucoup et veulent avoir des sensations au plus vite. Plus vite bourré, miux la fête est. Enfin, c'est ce qui
transparaît. 



Mussipont 08/03/2012 21:22


J'avais compris au cours de nos échanges que votre enfance n'avait été facile mais je n'imaginais pas autant, votre texte est très émouvant mais je vous retrouve bien dans le fait qu'à aucun
moment vous ne vous plaigniez... sacrée force intérieure dans ce petit hamster!


Maintenant comme d'habitude à l'origine de ce chaos, ce bon vieil "assommoir". Grace à internet on arrive à suivre les compte rendu de beaucoup de sessions d'assises et j'en lis plusieurs par
jour. Je suis effaré par le nombre d'affaires dans lesquelles l'alcool joue un rôle dans toutes ces histoires sordides. Et le plus dramatique c'est que j'ai l'impression que les pouvoirs publics
ont abdiqué toute volonté de faire reculer ce fléau social (si ce n'est pour les accidents de la route bien sûr).


J'imagine qu'en tant que gendarme vous avez dû voir ce problème plus d'une fois dans les affaires, petites ou graves, que vous avez approchées.


Puisque vous nous faites des confidences, vos frères ont ils réussi aussi bien que vous à l'âge adulte?


 


 

tinotinoblog 09/03/2012 16:53



Vous comprenez alors l'usage de cet avatar qui je trouve, me sied bien :-)


En effet, l'alcool pris notamment par certains comme apportant un pseudo-soulagement, ne fait qu'aggraver des problèmes existants. Il est très dur de faire sortir un malade alcoolique de la
spirale dans laquelle il est enfermée. Si à un moment donné, il n'en prend pas conscience, malheureusement il continuera. Il faut savoir qu'un alcoolique abstinent ne devient qu'un ancien
alcoolique. Un verre peut très vite le faire replonger. Je travaille actuellement dans le cadre de mon nouveau métier avec une association d'anciens buveurs. Ils parlent tous de très long chemin
pour en sortir avec des rechutes plus ou moins importantes. Les femmes le vivent généralement moins bien car c'est très mal perçu. 


En ce qui concerne mes proches, il y a eu des hauts et des bas, et des très bas pour certains de mes frères. A présent, ça se stabilise, sauf pour un... 



VyGER91 08/03/2012 00:29


Le moins qu'on puisse dire c'est que vous vous ouvrez beaucoup.


Votre humanité et votre dévouement vient probablement en partie de votre vécu, mais également de ce que vous êtes au fond de vous. Vous auriez pu prendre un tout autre chemin.


 

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