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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 09:20

Cela faisait à peine trois semaines que j'étais affectée au sein de cette unité où j'ai exercé ensuite presque trois années. Lorsque l'on débute une carrière de gendarme, même sous le statut de gendarme adjoint, on s'attend un peu à tout, à rien. On s'imagine des choses puis on en découvre d'autres mais au fond, nous ne sommes jamais vraiment trop conscients que c'est en fait une grande aventure humaine qui s'ouvre à nous, une immersion dans la diversité de l'Humanité si complexe à appréhender. La vie en noir ou blanc n'est qu'une pure utopie qui ne peut exister tant ce serait une insulte pour celle-ci.

 

Bref, je ne pense m'être jamais préparée à ce que j'allais voir ce jour-là. J'étais jeune, presque innocente pour ainsi dire, assez loin d'une certaine forme de violence qui allait m'envahir l'esprit. Je crois que l'on peut appeler cela un "dépucelage" en règle. De permanence avec un collègue, une femme se présente au portail de la brigade en pleurs. Elle vient d'avoir une altercation assez houleuse avec son mari qui est alcoolisé. C'est le COG qui nous avertit car il est 21 heures, en dehors des horaires d'ouverture de la brigade. Galère, galère ! J'avais terminé mon service à 19 heures. Quand il faut y aller, faut y aller ! Etant d'astreinte, à chaque sollicitation du CORG, il faut se bouger et vite. J'éteins ma télévision, quitte mes chaussons et m'active. Allez ! Mon pantalon d'intervention, mon polo, ma polaire, mes rangers, mon ceinturon euh quoi d'autre, merde, de quoi noter. Bouge tes fesses ! C'est un peu ça lorsque l'on doit partir en intervention. On est chez soi, tranquille à vaquer à ses occupations et d'un coup, d'un seul, dès que la sonnerie du téléphone retentit, tout s'accélère et tant pis s'il y avait quelque chose à cuire sur le feu. Dans la mesure où je n'ai qu'à traverser la cour pour arriver au bureau, la question du temps de trajet ne se pose pas trop. Quelle joie de vivre matin, midi et soir, au travail, en repos ou en vacances avec ses collègues ! C'est certes pratique pour le service mais c'est un peu pesant question vie privée. On dit souvent que le gendarme est marié à la gendarmerie avant tout... Je vous laisse saisir la portée de cette phrase.

 

Arrivée au bureau, je suis rejointe par mon collègue qui lui aussi était chez lui. Il avait invité des amis. Aïe ! Ne jamais mais jamais inviter de personnes lorsqu'on est d'astreinte, sous peine de les voir condamnées à profiter de votre absence plutôt que de votre présence ! On s'échange deux-trois mots puis nous nous dirigeons vers l'accueil afin d'ouvrir la brigade à cette femme venue solliciter nos services. Elle fait les cent pas devant l'entrée et pleure. Elle est blonde, mince, de taille moyenne, et semble avoir la quarantaine. Un long manteau noir la recouvre des épaules jursqu'aux pieds comme si elle essayait de se dissimuler sous ses vêtements. On sent tout de suite que cette femme est perturbée et sous le choc. J'ouvre la porte, et la fait avancer. Elle s'approche timidement en nous remerciant d'être là pour elle. Elle a peur, très peur et ne sait comment faire. S'agissant d'une femme probablement battue, d'après les premières informations que nous avons, je m'en occupe sans me poser de questions, le collègue masculin restant de lui-même en retrait. La prise de contact est sans nul doute le plus important dans ce genre de situation et il ne faut pas en rajouter au regard de sa détresse psychologique. 

 

- Il a voulu me tuer, il a voulu me tuer ! Je n'en peux plus, il est encore ivre. Ca ne peut plus durer. Aidez-moi s'il vous plaît, je vous en supplie, je ne sais plus quoi faire, je suis perdue.

 

Mme Frap est en larmes. Elle bafouille, ses phrases sont saccadées. Elle vide son sac en enchaînant tout ce qui lui passe par la tête, comme si le fait de se trouver face à une personne extérieure lui otait le couvercle de cette cocotte minute enfouie en elle. Je l'écoute attentivement en la faisant asseoir et la laisse parler. Le dialogue, c'est avant tout 90% d'écoute. Elle m'explique que son mari boit depuis qu'il est au chômage. Au début, c'était ponctuellement mais à mesure que le temps passe, la situation s'aggrave. Il rentre régulièrement ivre à la maison et est agressif dans ces cas-là. Une fois, elle a reçu une gifle mais ce n'est pas quelque chose qu'elle considère comme grave. Ce sont plus les violences verbales répétées qui lui brisent le moral. Là, ce soir, c'est allé plus loin. Comme il était saoûl, ils se sont disputés pour une broutille et ça a dégénéré. Il l'a bousculée, secouée puis a pris son fusil de chasse et l'a mise en joue. Elle est partie en courant de la maison pour sauter dans sa voiture, une RENAULT Laguna, et fuir, fuir loin de son mari qui venait de la menacer avec une arme. Ce n'est pas rien, elle ne comprend pas, et crie de douleur. Au moment où elle est partie, il a tiré sur son pare-brise arrière. Elle n'a rien eu, n'est pas blessé mais la lunette est criblée d'impacts de plombs. Elle me montre sa voiture garée sur les places de parking tout en m'expliquant les faits. Elle craque ! Elle a eu la frousse de sa vie et ne s'attendait pas à ce déchaînement de violence de la part de l'homme qu'elle aime, ou a aimé puisqu'elle ne sait plus où elle en est. Je prends des notes tout en l'écoutant. Mon collègue est parti lui chercher un verre d'eau afin qu'elle reprenne ses esprits en buvant un coup. Il en profite également pour contacter le médecin de garde car elle est dans un tel état de stress qu'il est préférable qu'elle en voit un. Et puis, on ne sait jamais, peut-être présente t'elle des marques de violence, ce qui est intéressant à savoir dans l'optique d'une procédure judiciaire. Je la rassure en lui disant que c'est fini, qu'elle est en sécurité à présent. Il ne peut rien lui arriver. 

 

Je lui demande si elle sait si son mari est toujours présent au domicile. Elle l'ignore. Elle n'a pas pris le temps d'y prêter attention. En revanche, elle ne pense pas avoir été suivie par ce dernier jusqu'à la brigade. Ils ont une deuxième voiture, une AX blanche, et elle ne l'a pas vue bouger. Ceci dit, tout s'est passé tellement vite... Elle ne pensait qu'à une chose : PARTIR, sans demander son reste au vu des circonstances. Au cours de la discussion, je vois qu'elle se calme. Cela lui fait manifestement un bien fou de parler. Elle en profite pour me parler de son mari, Tristan Frap dont elle est tombée amoureuse il y a 5 ans. Il était divorcé, comme elle, et ensemble, ils se reconstruisaient une vie. Tout allait très bien jusqu'au jour où le chômage frappa à leur porte, il y a 2 ans. Le chômage, cette saleté de chômage ! Il a tout fichu en l'air... La boîte où travaillait M. Frap a fermé. Il a donc perdu son emploi involontairement alors qu'il était à fond dedans. Il ne l'a pas supporté et a commencé à passer du temps avec son nouvel ami Alcool afin d'éponger son chagrin. Mégane Frap ne l'a pas vu tout de suite. Elle se disait que c'était une mauvaise passe, que la situation allait s'arranger, qu'après tout Alcool ne ferait qu'un court passage dans la vie de son mari, lui qui n'était pas alcoolique. Seulement, Alcool sait s'imposer partout où il commence à s'installer, vilement, doucement mais sûrement. Et ça non, Mégane, ne pouvait se résoudre à y penser. Elle a vu cet ami se taper l'incruste au sein de son foyer, un peu, puis beaucoup, et puis plus souvent. Elle avait beau vouloir le chasser mais non, il revenait toujours à la charge, emmenant Tristan avec lui. Elle l'aimait et voulait l'aider mais Alcool faisait barrage à chaque fois. Quand il était sobre, il n'y avait aucun problème mais seulement quand il l'était; le reste du temps, il était agressif et s'en prenait à elle pour un oui ou pour un non. Elle résistait de toutes ses forces mais ce soir, n'en pouvant plus, elle avait osé le lui dire en posant les choses. Elle voulait prendre l'air, s'éloigner un peu afin de faire le point et réfléchir à son avenir, leur avenir. Il ne l'a pas accepté, d'où sa réaction emprunte d'une violence qu'elle n'avait jamais perçue jusque là. 

 

En l'écoutant, je sens que cette femme est à bout. Elle vit véritablement l'enfer au quotidien avec son mari qui lui préfère la compagnie d'Alcool, ce sinistre personnage venu s'immiscer dans leur vie. Elle ne veut plus vivre cela. Cette fois, il est allé trop loin. Il ne se rend même plus compte de ce qu'il fait, lui tirer dessus avec un fusil, non mais ça ne va vraiment plus. Elle veut porter plainte. Jusqu'alors, elle n'envisageait jamais de faire cela, quitte à supporter les débordements de Tristan. Mais le point de non-retour est atteint, il est temps qu'elle réagisse même si elle l'aime, et c'est aussi pour l'aider quelque part. Elle espère que l'intervention de la Justice pourra mettre un frein à la dérive de son compagnon, qu'il prendra alors conscience de ses actes, au moinjs pour qu'il puisse avancer. Quant à elle, elle ne sait pas vraiment si elle sera encore capable de le regarder tant son traumatisme est grand. Assises sur une chaise dans le hall d'accueil de la brigade, nous discutons ainsi un bon moment. Je lui explique qu'il va falloir recueillir son audition et qu'elle pourra s'exprimer autant qu'elle veut lors de celle-ci, concernant les faits, mais aussi concernant sa vie conjugale afin de donner à la Justice le maximum d'éléments sur sa situation et celle de Tristan. Ce petit aparté lui a permis de retrouver ses esprits et de faire tomber le stress, ce qui est déjà bien dans le cas présent. Parfois, il faut aussi savoir sortir du cadre de la procédure en agissant d'abord comme une personne face à une autre personne afin de la mettre en confiance, avant toute ébauche d'une quelconque paperasse. Je me suis toujours dit que si je venais de me faire agresser, j'aurais du mal à m'asseoir sur une chaise derrière un bureau à raconter mes malheurs à quelqu'un que je ne connais même pas et qui est en train de taper à l'ordinateur en même temps. Il y a mieux comme prise de contact c'est évident. 

 

J'invite Mme Frap à s'installer dans un bureau où le médecin de garde l'attend. Extra ! Il n'a pas traîné le doc, tant mieux. Nous les laissons tous deux pour la consultation. Mon collègue Max m'interpelle :

 

- T'as vu la tronche de la voiture ?

- Non ! Je discutais avec Madame

 - Sérieux, il est complètement allumé le gars ! Il y a des impacts de plomb sur toute la lunette arrière et un peu sur le coffre. J'ai pris des photographies du VL. J'ai appelé l'OPJ et le gradé de permanence. Ils arrivent. A mon avis, on ne devrait pas tarder à voir la cavalerie débarquer.

- Elle est mal en tout cas la pauvre. Quant à la cavalerie, ça serait bien car on ne sait pas s'il est toujours chez lui le type et vu dans l'état qu'il est à priori, il ne faudrait peut-être pas qu'il aille traîner je ne sais où avec son fusil.

- Non mais c'est bon, j'ai appelé les PAM 2 (si vous avez lu le texte plus bleue la vie, vous savez ce que c'est). Ils vont à son domicile, enfin pas loin afin de guetter. Vu l'heure qu'il est de toute façon, 21h20 on ne peut pas rentrer chez lui. En plus, il est bourré. Donc s'il ne bouge pas, on va le laisser décuver.

- J'espère bien qu'il va aller se coucher tiens. Une chose est sûre, elle au moins, est en sécurité et il n'y a personne d'autre là-bas, donc pas de risques pour des tiers.

- Ouep ! Tu me prends l'audition en flag s'il te plaît, je vais faire le topo aux gars et contacter le TIC de permanence pour la voiture. On va la rentrer dans la cour pour la mettre à l'abri en attendant. Je vais voir ça avec la dame après sa consultation.

- Pas de souci, ça roule ! Je mets ton nom pour l'audition ! (Hé oui, un gendarme adjoint agent de police judiciaire adjoint ne peut normalement pas prendre de plaintes puisqu'il n'est pas habilité, donc il ne peut mentionner son nom, ou en assistance uniquement. En pratique, ben c'est autre chose puisqu'on n'est pas encore à l'époque où lorsqu'on tape dans un placard, dix gendarmes en sortent)

Comme on dit : Go !

 

Madame a fini avec le médecin. Il lui a prescrit des calmants qu'elle devra prendre avant d'aller dormir. La consultation est à ses frais, la Justice ne le prend pas en charge, enfin pas à cette époque. Aujourd'hui, c'est à l'UML que les victimes de violences se rendent.

 

Alors, que nous dit le certificat médical : pas de lésions graves, présence d'ecchymmoses récentes aux avant-bras, un hématome à la cuisse droite, syndrome post-traumatique, ITT de 5 jours. Je n'y ai jamais rien compris à ces ITT aléatoires surtout quand c'était les médecins traitants qui délivraient les certificats médicaux, entre ceux qui mettaient des jours d'ITT pour rien et d'autres qui n'en mettaient pas alors qu'il y avait des blessures. Heureusement que maintenant tout se passe à l'UML avec des médecins légistes, même si en province campagnarde, ce n'est pas pratique. Certains plaignants renoncent d'ailleurs à y aller à cause du trajet - sic.

 

Je m'avance dans le bureau. Mme Frap est là. Elle présente mieux qu'à son arrivée. Je pense que cela lui a fait du bien de parler, de voir un médecin, d'être écoutée. Je vais enfin pouvoir recueillir sa déclaration afin de tout acter. Elle m'explique précisément ce qu'il s'est passé après avoir fait un exposé de sa situation avec Tristan. Ce soir, vers 20 heures, elle rentre du travail. Tristan est là. Il est un peu éméché et est vautré dans le canapé à regarder la télévision. Il y a football et dans ce cas, il ne faut absolument pas le déranger en grand passionné qu'il est de ce sport. (Encore un ignare qui n'a pas compris que le rugby, ça c'est un vrai sport) Elle s'affaire dans la cuisine pour ranger les courses et préparer le repas sans lui adresser la parole. Elle sait que ce n'est pas le moment. Alors qu'elle préparait une salade de carottes, André pénètre dans la cuisine. Il ouvre le frigo et se rend compte qu'il n'y a plus de bière. Ce n'est pas dramatique en soi mais pour lui c'est la fin du monde. Il commence à crier sur Mégane en l'invectivant, en lui demandant pourquoi elle n'en a pas ramenée. Elle se défend en lui répondant qu'elle l'ignorait. Ca ne lui plaît pas, sa bière il la veut et tout de suite ! Mégane se sent désarmée. Elle a bien vu la bouteille de muscadet vide sur la table basse. Elle ne souhaite pas qu'il continue à tutoyer Alcool. Elle essaie de lui faire comprendre qu'il en a assez mais il fait la sourde oreille. Elle explose et lui confie son désir de quitter le domicile quelques temps pour faire le point ce qu'il ne supporte pas. C'est inaudible pour lui alors il s'énerve, tape du pied puis la pousse. Elle ne réplique pas et essaie d'esquiver sans succès. Il se rapproche et la saisit par le bras. Elle se débat et arrive à reculer en se cognant contre le coin de table. Elle a beau essayer de le raisonner, il ne se calme pas. Il ne veut absolument pas qu'elle parte. Il ne peut pas rester seul, ce n'est pas possible. Elle est épuisée de partahger sa vie avec Alcool mais il ne veut rien savoir. De toute façon, il n'est pas en état de comprendre. 

 

Prenant son courage à deux mains, elle ose sortir de la pièce pour s'éloigner de lui afin de pouvoir prendre ses affaires qu'elle avait posées dans sa chambre : son sac à main et puis quelques changes au cas où, car ce soir, c'est décidé, elle ne dort pas là. Lorsqu'elle revient dans le couloir, elle se retrouve nez à nez avec Tristan tenant son fusil de chasse. C'est le fusil de chasse de son grand-père. Il l'a récupéré à son décès. A sa vue, elle sursaute, laissant échapper un cri de peur. Il lui dit qu'il est hors de question qu'elle quitte les lieux en pointant son fusil sur elle. Elle pleure et essaie de discuter avec lui bien que la situation n'y soit pas propice. Elle le raisonne en lui demandant de se calmer. Elle a la trouille mais il faut qu'elle fasse face, elle ne sait même pas si le fusil est chargé. Tristan continue son délire, il est hors de lui. Finalement, Mégane cède. Non, elle ne partira pas. Elle va rester avec lui car elle l'aime. Elle ne veut pas qu'il lui arrive quelque chose. Il finit alors par redevenir un peu plus calme baissant son arme en pleurant en ajoutant qu'elle est tout pour lui. Il s'excuse mais recommence à lui reprocher cette carence de bière. Il est vraiment perturbé. Dans sa tête, Mégane essaie de garder son calme. Elle ne veut pas lui montrer qu'elle n'est pas rassurée mais comment faire, comment ne pas hurler face à cet homme qu'elle ne reconnaît plus. Puis, profitant d'un moment d'inattention de Tristan, elle court au bout du couloir pour accéder au garage et sortir dehors. Sa voiture est garée devant. Elle court aussi vite qu'elle peut ne se retournant pas. C'est maintenant ou jamais Mégane, vite, vite ! Il la poursuit mais ayant un train de retard, il ne la rattrape pas. Au moment où il sort, elle est déjà dans sa voiture, moteur en route. Là, il se met à tirer alors qu'elle a démarré et qu'elle s'engage dans la rue. Elle entend du bruit provenant de l'arrière mais elle ne s'arrête pas, non, ce n'est pas le moment. Elle hurle mais continue. Il faut qu'elle trouve du secours, un endroit pour se réfugier. Il est devenu complètement fou. 

 

Elle prend son temps pour me relater les faits. Je lui fais préciser chaque détail, dans la mesure où cela peut avoir son importance pour la suite de la procédure. Par moments, je vois les larmes couler sur ses joues. Cela lui est pénible mais en même temps lui fait du bien d'en parler une nouvelle fois. Je pense qu'elle a besoin de se libérer tant la pression fût énorme. A la fin de l'audition, je lui fais relire et signer, et lui remets le récipissé de dépôt de plainte. Je lui parle de l'association "SOS Nanas" qui peut lui apporter du soutien dans cette épreuve. Je lui demande si elle sait où dormir. Elle me répond qu'elle a contacté sa mère. Elle va venir la chercher. Elle dormira chez elle. Elle ne veut surtout pas rentrer chez elle, ce qui est compréhensible. En plus, ce n'est pas vraiment le moment pour ça, son ami s'y trouvant. Ce serait complètement déplacé et dangereux surtout. Elle pourra l'attendre à la brigade. Je lui offre un café qu'elle accepte volontiers.

 

Max de son côté a fait son petit compte-rendu aux collègues. Le TIC est venu faire les constatations sur le véhicule. Ce qui est bien dans ces cas-là, c'est qu'il nous fait un super dossier. Ils sont au top en matière de constatations et de planches photographiques. On a l'air miséreux à côté avec nos pauvres appareils photos de dotation. Chacun sa spécialité comme on dit. Tout le monde est d'accord pour procéder à l'interpellation de Tristan Frap le lendemain matin à 6 heures, quand celui-ci aura décuvé. En attendant, les gars vont passer une longue nuit à surveiller son domicile au cas où il en sortirait. Enfin, ils ont quand même prévu de lever le dispositif au petit matin après s'être assurés que Monsieur Frap se soit couché.  L'Ax est toujours devant et il y a de la lumière dans le salon. Il n'a pas bougé de chez lui depuis les faits.

 

La mère de Mégane Frap arrive à la brigade. Max en profite pour l'entendre afin de savoir si elle était au courant des divers problèmes rencontrés par sa fille. Mais non, elle ne lui en avait jamais parlé. Pour elle, tout avait l'air de bien se passer dans le couple et elle n'a jamais cherché à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Elle est légèrement abasourdie et a peur pour sa fille. Elle va l'héberger le temps qu'il faudra mais ne souhaite pas qu'elle retourne là-bas. On peut la comprendre, il ne s'agit pas de faits anodins. Après avoir signé son audition, elle retourne à l'accueil où je me trouve avec sa fille. Elle la prend dans ses bras, la rassure comme une mère peut le faire. Elles me disent au revoir et nous demandent de les tenir au courant de la suite. Je les regarde s'éloigner bras dessus bras dessous, serrées l'une contre l'autre. Que d'événements en une soirée pour elles ! 

 

Tristan n'est pas connu de nos services, ni de ceux de la police. Le Maire, alerté par la mère de Mégane, ne le connaît pas défavorablement. Il était au courant de la situation de Tristan, son penchant pour l'alcool, ses problèmes liés au chômage mais n'imaginait pas que le climat était si dégradé. Il trouve cela inquiétant. 

 

Il est minuit et demie, l'heure d'aller se reposer avant d'enquiller sur l'interpellation de Tristan prévue à 6 heures. Ca ne fera encore pas beaucoup d'heures de sommeil tiens ! Parfois l'envie de mettre du papier carbone sous l'oreiller pour avoir l'impression d'avoir deux fois plus dormi nous prend.

 

A suivre ...



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commentaires

VyGER91 05/03/2012 00:11


Vu la passion que vous y mettez, je comprends à quel point ne plus être dans la gendarmerie doit être dur.


PS : j'ai noté 4 fautes de frappes :
"moinjs"
"dansd"
"partahger "
"son sa à main"

tinotinoblog 05/03/2012 23:04



Difficile de passer outre une passion, je ne vous le cache pas en effet mais la vie suit son cours malgré tout... Merci pour les indications, je vais y remédier. (Mes gros petits doigts ont
fourchu)



hatonjan 25/02/2012 18:15


Récit intéréssant, dont la suite est attendue avec impatience.  Ainsi depuis toute jeune vous êtes une personne attentive et prévoyante ? je vous en félicite !

tinotinoblog 27/02/2012 11:59



On ne change pas sa nature, avec ou sans uniforme. Quand on a des convictions, celles-ci nous habitent. Elles vivent au travers de nous et se répercutent évidemment sur le travail, l'entourage,
et la perception des choses. La suite viendra, patience, partience...



boubou 25/02/2012 11:16


arf, on attend la suite !!


 


bravo en tout cas pour avoir pris cette décision d'ouvrir ce blog !


bon courage pour tout

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