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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 16:31

Bonjour à tous. Me revoici enfin pour réveiller ce blog amorphe qu'est le mien. Trop de temps s'est écoulé sans que je ne le nourrisse. C'est ainsi et je m'en excuse auprès des gourmands qui attendraient beaucoup de ma part.

J'avais dans l'idée de commettre un article sur le métier de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation (CPIP), trop méconnu à mon goût. J'aurais pu ainsi vous commenter la circulaire du 19 mars 2008 relative aux missions et aux méthodes d'intervention des services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) mais cela aurait été à mon sens soporifique. En fait, j'ai eu peur que vous ne vous évadiez en cours de lecture. Aussi, j'ai fait appel à mes charmants followers de Twitter afin de recueillir leurs interrogations quant à cette profession souvent sujette à fantasmes et à de nombreuses représentations erronnées. Je ne ferai état que de mont point de vue qui n'engage que moi, et certainement pas tous les CPIP de France et de Navarre, ni la direction de l'administration pénitentiaire, ni le Ministère de la Justice, ni mon chien, ni mes voisins etc...

C'est parti ! A chaque fois, je mentionnerai le pseudo du twitto m'ayant posé la question. Je ne suis pas en garde à vue, aussi je ne solliciterai pas la présence d'un avocat.

De @simoneduchmole : Comment faites-vous pour gagner la confiance des détenus ?

- En leur donnant tout ce qu'ils veulent ! C'est évident, nous les CPIP, nous ne sommes que les serviteurs des honorables détenus et nous ferions tout, mais absolument tout pour les faire sortir de prison. Euh... Mwarf ! Pardonnez-moi, c'est le traumatisme d'une idéologie bien ancrée chez certaines personnes qui nous perçoivent comme des pro-voyous qui ne pensent pas aux malheureuses victimes. En fait, la confiance s'instaure avec le temps, le respect de la parole donnée (quand on dit qu'on fait telle démarche, on fait), la cohérence et l'honnêteté. Même en cas d'avis défavorable sur une demande de permission ou sur un aménagement de peine, il faut savoir l'assumer en face de la personne et l'expliquer, même si ce n'est pas toujours accepté et parfois refusé avec véhémence. Un bémol toutefois, je ne sais pas si l'on peut parler vraiment de confiance car à mon sens, la relation peut être biaisée par le fait que l'on soit sous mandat judiciaire, autrement dit, en quelque sorte, la voix du juge de l'application des peines (JAP).


De @mussipont : Cela gagne combien une cipette ? (c'est le nom affectueux donné aux CPIP féminins). Comment éviter pour chaque dossier de tomber, soit dans l'angélisme, soit dans le cynisme ?

- Au moins tout ça si tu savais ! Sinon, pour répondre à la deuxième question, si l'angélisme, c'est de s'intéresser au parcours de vie d'une personne afin de chercher à comprendre sa personnalité, ses ressources et faiblesses, son passages à l'acte, alors que je crois que je suis un monstre d'angélisme. N'est-ce pas ce dont on est taxé lorsque l'on cherche à comprendre ? D'angélisme ? Une personne peut à la fois m'attendrir, comme me révulser, ou me désespérer. J'essaie de trouver un équilibre et surtout de ne pas m'occulter la vue, parfois des défauts cachent des points forts ou l'inverse. En revanche, pour certaines personnes, si j'essaie d'être optimiste, je reste réaliste et suis consciente que malheureusement, elles reviendront en prison... La prévention de la récidive commence certes en prison, mais continue aussi surtout à l'extérieur, et en l'état actuel des choses, les moyens mis en oeuvre ne sont pas suffisants. Et puis, il faudrait aussi changer le regard de la société sur les sortants de prison, moins de stigmatisation, plus d'inclusion sociale, mais ça, c'est un vaste débat.


De @eurypontide : Quelle est la part de probation et d'accompagnement ? A partir de quand signales-tu un manquement aux obligations ? Quelle tolérance ? 

- Dans un premier temps, je pense qu'il est utile de distinguer le milieu ouvert du milieu fermé. Pour les béotiens, le milieu ouvert concerne les antennes SPIP qui sont en charge du suivi des personnes condamnées non-incarcérées, soit parce qu'elles sont sous le coup de mesures alternatives à l'emprisonnement, soit en aménagement de peine. Le milieu fermé, vous l'aurez compris, compris les établissements pénitentiaires. Cette distinction est importante à mes yeux puisqu'elle impacte la pratique du métier à mon sens. En effet, je considère que le milieu ouvert offre la part belle à ce qu'on appelle probation, ou plus simplement au contrôle du respect des obligations, peut-être moins par volonté du personnel que de contraintes inhérentes à la charge de travail (120 à 190 dossiers par CPIP selon les antennes).  A contrario, en milieu fermé, le suivi est plus axé sur l'accompagnement socio-éducatif, dans l'optique de la préparation à la sortie ou d'un aménagement de peine, ce qui implique un travail plus étayé autour de la personne, en lien avec sa famille (ou pas, selon les cas...). Par ailleurs, il existe une différence notable : pour le milieu ouvert, le SPIP convoque les personnes au service, alors qu'en milieu fermé, ce sont bien souvent les détenus qui nous sollicitent. Cela impacte par ricochet la perception qu'ont les personnes suivies du SPIP, selon qu'elles soient incarcérées ou non.

Je vais ainsi pouvoir répondre à ta deuxième et troisième question. Ne travaillant pas en milieu ouvert, je n'ai pas à signaler de manquement aux obligations puisqu'il n'y en a pas, enfin, pas d'obligations formellement écrites. En revanche, dès qu'il s'agit de faire des demandes de permissions de sortir ou des requêtes en aménagement de peine, c'est à cet instant qu'elles se dessinent, le JAP se basant sur certains critères pour les octroyer (réflexion sur le passage à l'acte, versements aux parties civiles, activités en détention, prise en charge médicale...). Ainsi, quelqu'un ne sollicitant jamais rien peut très bien purger toute sa peine sans rien mettre en place et ce, sans que jamais on ne puisse lui opposer quoique ce soit. Ce n'est que si, à l'issue de son incarcération, il fait l'objet d'une mise à l'épreuve que les obligations auront cours.


De @oreliya90 : Que penser des formations initiales de CPIP ? De moins en moins de travailleurs sociaux, de plus en plus de juristes pour le même métier.

- Je ne pense pas, je suis fonctionnaire, je vous le rappelle. Il est vrai que les anciens CPIP perçoivent ce changement de recrutement intrinsèquement lié à la nouvelle orientation donnée au métier axé essentiellement sur la prévention de la récidive, l'évaluation des personnes condamnées et le risque de récidive. Pour ma part, je dirais qu'il existe autant de manières de travailler que de CPIP, tout dépend des valeurs qui animent le professionnel qui exerce. Rassurez-vous, certains restent toujours attachés au fait de se défnnir comme travailleurs sociaux.


De @attache_link : Au regard des missions, du manque de moyens (matériels, humains, etc), combien d'années penses-tu faire ?

- Oh que c'est cruel comme question ! Je n'en sais fichtre rien, je ne me pose pas cette question. Je fais ce qu'il me plaît, je verrai avec le temps.


De @catheb_ : A quelles informations relatives au détenu les CPIP ont accès ?

- toutes les pièces judiciaires concernant l'affaire pour laquelle il a été condamné, les expertises, la vie en détention (incidents disciplinaires, travail, formation, revenus, versements aux parties civiles, documents admnistratifs), et tout ce qu'il veut bien nous dire de lui.


De @_castille : Comment en vient-on au métier de CPIP ?

- En ce qui me concerne, la réponse est  . Pour les autres, c'est difficile de répondre à leur place. J'ai pu me rendre compte que certains le devenaient par défaut, en cas d'échec à d'autres concours de la Justice par exemple (magistrat). D'autres encore le sont parce qu'ils ont la sensation de contribuer au service public de la Justice. Enfin, et j'ose espérer qu'il s'agit de la majorité, parce qu'ils ont la volonté d'accompagner des personnes en difficulté, de contribuer à semer des petites graines qui permettront à des personnes de grandir, de comprendre leurs erreurs et d'aspirer à une autre vie, en donnant du sens à la peine.


De @Mille_Ephelides : Quels sont tes interlocuteurs dans et en dehors de la prison ? Quelle autonomie dans la gestion des situations ? Te sens tu seule ?

- Les interlocuteurs du SPIP sont très nombreux, notre travail reposant essentiellement sur le partenariat. En voici une liste non-exhaustive : les surveillants pénitenitiaires, les gradés, la direction de l'établissement, les différents services de l'établissement (parloirs, le partenaire privé gestionnaire de l'emploi et de la formation, le responsable local de l'enseignement, la comptabilité...), les moniteurs de sport, le point d'accès aux droits, la coordinatrice culturelle, l'assistante sociale du SPIP, les diverses associations qui accueillent les détenus en aménagement de peine ou sortants de prison, Pôle Emploi, la Mission locale, les juges de l'application des peines, les avocats, le greffe pénitentiaire, les structures d'hébergement, les centres de semi-liberté.... Nous n'avons en revanche que peu de liens avec le service médical...

Pour répondre à la seconde partie de ta question, je dirais que le CPIP est particulièrement autonome dans son travail. Il s'engage dans ses suivis et y impulse ce qu'il pense être juste et cohérent. Il y a des échanges entre collègues pour savoir ce qu'ils en pensent mais ce n'est pas sous forme de réunions formelles, en tout cas, pas là où je suis affectée. Il est à noter tout de même que tous nos rapports sont validés par notre direction. Ce mode de fonctionnement fait que parfois, on peut avoir la sensation de se retrouver bien esseulé dans la prise en charge d'une personne, la prise de décision de telle ou telle orientation reposant sur nos seules petites épaules. Pour ma part, j'en suis encore préservée puisque "chapeautée" par un référent, du fait de mon statut de stagiaire.

 

De @Mon_Melon : Comment un juge peut-il contraindre à une obligation d'emploi ? Ou est-ce seulement une obligation à chercher un emploi ? 

- La première obligation énoncée dans l'article 132-45 du Code Pénal concerne en effet le travail. Elle rend obligatoire le fait d'exercer une activité professionnelle, suivre un enseignement ou une formation professionnelle, toute personne qui y est soumis dans le cadre d'un sursis mise à l'épreuve, d'un aménagement de peine, d'un surveillance judiciaire ou d'un suivi socio-judiciaire. Si ce n'est pas spécifié, le fait de justifier de sa recherche d'emploi par des documents (boîtes d'intérim, Pôle Emploi, Mission locale, CV, lettres de motivation...) répond à cette obligation.

 

De @atelierdecirce : Combien de personnes suivies ? Comment le CPIP est-il perçu des personnes placées sous main de justice ? Description d'une journée type...

- Pour ma part, je ne suis pas un exemple puisque je suis en charge limitée, étant stagiaire. Dans mon service, un CPIP tourne à 80 dossiers environ, mais il s'agit d'un établissement pour peines. Si vous trouvez que c'est beaucoup, ça l'est, mais c'est encore pire ailleurs puisqu'en maison d'arrêt, cela peut monter jusqu'à 120, et en milieu ouvert jusqu'à 180. Les journées se partagent entre la rédaction des rapports, les synthèses sociales, les différentes démarches afférentes au suivi (contact avec les partenaires, les familles, prise de rendez-vous à l'extérieur, recherche de structures accueillantes...), les entretiens avec les personnes détenues, la participation aux commissions d'application des peines (CAP), la participation aux commissions pluridisciplinaires uniques (CPU) qui statuent sur les demandes de travail ou de formation - l'affectation des arrivants en bâtiment - le parcours d'exécution de peine..., les réunions, les échanges informels avec les partenaires sur site (PAD, assistante sociale...).

 

De @_castille : Quelles sont les principales difficultés pour la réinsertion des personnes ?

- En tout premier lieu, encore faut-il que la personne le veuille et y soit prête. Il faut parfois du temps pour qu'un cheminement se fasse et chacun fait en fonction de ses propres ressources internes. Notre rôle est d'accompagner vers cela mais parfois on se retrouve bloqué face à un mur. Ce n'est pas grave, si ce n'est pas pour tout de suite, ce sera pour plus tard, voire même jamais pour certains, il faut l'accepter. D'un autre côté, il y a aussi les obstacles budgétaires qui rendent l'exercie difficile. En effet, notre travail dépend beaucoup d'associations qui dépendent elles-mêmes de subventions. Ainsi, j'ai le souvenir d'un gars pour qui le projet d'aménagement de peine est tombé à l'eau car la structure qui devait l'accueillir ne pouvait plus pour cause de restrictions budgétaires. Ce n'est pas évident à gérer, ni de relancer la personne dans une autre dynamique. En plus de cela, j'ajouterai une autre difficulté qui est plus idéologique. Il faut savoir que notre société préférerait voir les ex-détenus loin d'elle plutôt que près d'elle, un peu du genre : "Réinsérez-vous mais loin de nous!". Et c'est une vraie difficulté car aujourd'hui, être sortant de prison, c'est comme porter un boulet, une étiquette que beaucoup de gens pointent du doigt. L'emprisonnement, c'est être écarté de la société un temps, pour ensuite la réintégrer. Est-il besoin de renvoyer une personne à ce qu'elle a pu faire, dès lors où elle est de nouveau admise en notre sein ? Je pose la question en espérant qu'elle fasse réfléchir. De même, lorsque des affaires médiatiques retentissent, cela se ressent sur l'application des peines et l'octroi ou non de mesure d'aménagement. La psychose de la récidive est une hantise ! Sauf qu'à l'intérieur desprisons, il y a des humains, qui, à force de ne plus percevoir d'espoir, nourrissent leur haine.


J'espère avoir satisfait votre curiosité et je vous remercie de vous être prêté au jeu de ces questions/réponses qui en appellent certainement d'autres. N'hésitez pas à me faire signe si tel est le cas.

"La prison n'est qu'un espace muré qui cache les éches de la société" - Anthony Dacheville

 

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 01:28

C'était un dimanche après-midi, je jouais au Monopoly avec des amis.

- J'ai fait 6 ! Je vais à Rue de Courcelles.

- Tu achètes ?

- Non, non, c'est bon. A toi, Pierre !

- 8 ! Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit, rue de Vaugirard. Je laisse. A toi, Cécile !

- Je lance les dés : 7. Case chance, trop cool ! La banque vous rembourse de 100 euros. Hé, hé, hé ! C'est ton tour Jérémy ! 

- ...

- Hey Jérémy, c'est à toi ! 

- Ah oui, excuse, j'étais perdu dans mes pensées. 5 ! « Allez directement à la case prison ».

Les yeux fermés, allongé sur le lit, un courant d'air vient me caresser le visage. J'entends des bruits de pas dans le couloir : une personne approche. Un bruit de métaux qui s'entrechoquent l'accompagne. Soudain, j'entends qu'on tape à une porte, puis un cri. Deux personnes s'échangent des mots de manière un peu forte. Le calme revient peu de temps après. Je n'ai pas réussi à saisir la teneur de leur discussion mais ça semblait tendu. Une odeur de cigarette me titille les narines. Je ne fume pas, ça ne peut pas venir de moi. Je suis sur mon lit, je me laisse imprégner par cet univers que je ne connais pas. Je préfère avoir les yeux fermés pour ne pas voir cette réalité que j'aimerais bien pouvoir fuir car je suis en prison.

Cela fait 10 jours et c'est déjà trop. J'ai été condamné à 10 mois de prison ferme en comparution immédiate pour des faits de violences. J'étais en soirée avec des amis, j'avais beaucoup bu. Un gars nous a cherché, j'ai réagi et ça s'est mal fini. Je n'aurais pas du mais c'est trop tard. Je suis en prison. C'est la première fois que ça m'arrive et j'ai peur.

- Jérémy ?

- ...

- Hey Jérémy ?

- …

- A quoi tu penses Jérémy ?

- Euh, hein quoi ? Non, non, rien, c'est bon.

Lorsque je suis arrivé ici, j'ai du me plier à tous un tas de formalités. En fait, c'est simple, depuis la 1ère heure de garde à vue jusqu'à ici, tu perds le contrôle de tout. Tu perds ta liberté. Ils t'enregistrent dans leur fichier au greffe avec ton identité, la personne à prévenir en cas de souci, tes diplômes, ta condamnation, ta peine. Ils prennent tes empreintes, ta photo, te donnent un numéro d'écrou et te remettent une carte d'identification. 

Ensuite, tu es fouillé intégralement. Tu te déshabilles dans une salle spéciale. Ils te proposent de prendre une douche. Ce n'est pas superflu après avoir passé 48h de garde à vue sans se laver. Ils contrôlent mes vêtements, mes poches et me retirent mon bracelet et ma chaîne (seuls la montre, l'alliance et les bijoux à connotation religieuse peuvent être conservés). Ils sont mis dans un coffre et mon portefeuille, mon portable, mon argent aussi. Il y a un vestiaire, mais c'est pour ceux qui viennent avec plus de choses, et qui ne peuvent pas les emmener en cellule. 

Ils m'ont ouvert un compte nominatif pour mettre mon argent. Ils m'ont expliqué qu'aucune espèce, ni moyen de paiement ne circulaient en détention. Ils m'ont dit qu'il y avait des prélèvements automatiques qui pouvaient avoir lieu si je recevais plus de 200 euros dans le mois : 10% pour le pécule de libération, 20% si je reçois entre 200 et 400 euros, et ensuite c'est progressif et par tranche ; en clair, si je reçois 800 euros, c'est 20% sur la tranche 200-400 euros, 25% sur la tranche 400-600 euros et 30% sur la tranche supérieure à 600 euros. Tu vois le truc ? Cela ne donne pas envie de recevoir des mandats trop élevés sur ce compte. Je suis sûr que beaucoup de gars font attention à ça, surtout ceux qui ne reçoivent pas beaucoup d'argent.

J'ai aussi eu le droit à un kit de correspondance et un kit hygiène. C'est vrai que vu les circonstances, je n'ai rien pu emmener. J'ai aussi le droit à un appel gratuit à la personne de mon choix. Je pense que je vais en profiter, ce sera toujours ça, au moins pour leur dire que je vais bien. Si je n'avais pas eu d'argent, ils auraient pu aussi me donner une aide financière de 20 à 30 euros selon les établissements pour que je puisse cantiner. 

- Jérémy, tu es avec nous ou bien ?

- … Mais oui, c'est juste que pour le moment, je suis coincé sur la case prison.

- Hi, hi, hi ! Je sais, c'est pénible, mais tu vas en sortir.

Depuis les règles pénitentiaires européennes (RPE), certains établissements sont labellisés parce qu'ils respectent ce qu'ils appellent le cursus arrivant. Cela joue aussi sur les conditions de détention puisqu'un quartier est dédié à tous ceux qui viennent d'être incarcérés. Je suppose que ça doit être mieux que ce qu'il y avait avant. Durant la 1ère semaine, je rencontre le chef d'établissement, le gradé de détention, le travailleur social du SPIP (service pénitentiaire d'insertion et de probation),  le médecin de l'US (anciennement UCSA : unité consultatoire de soins ambulatoires et à présent, unité sanitaire). C'est un peu rébarbatif : je dois me présenter, parler de moi, de ce qui m'a amené ici. Je crois qu'ils essaient de savoir qui je suis pour voir comment je vais me comporter, ce que je vais faire. Je comprends que ce sera avec le SPIP que je préparerai ma sortie. A peine arrivé, j'y pense déjà ! D'ailleurs, je pourrais déjà prétendre à un aménagement de peine vu que j'ai été condamné à une peine de moins de 2 ans et que je suis primaire. Je vais faire tout ce qu'il faut pour :  aller en cours, faire des demandes de travail, indemniser la victime. Je ne veux pas rester moisir ici, non, je ne veux pas ! 10 mois, c'est court, mais si long lorsque l'on est privé de sa liberté.

- Hey, Jérémy, tu viens de faire un double !

- Ah, enfin ! 

- Il était temps.

- Ouais, c'est vrai, ça commençait à être long.

- Tu vas enfin pouvoir reprendre le jeu avec nous. Tu sors Jérémy, tu entends, tu sors !

- Ouais...

Dans ma tête, je crois que je suis toujours en prison. Une partie de moi est restée là-bas, une partie de moi est restée bloquée sur cette arrivée en détention, où j'ai compris ce que voulait dire « perdre sa liberté ».

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 22:45

On a beaucoup parlé, on parle, et on parlera toujours des règles pénitentiaires européennes (RPE) qui ont été la source d'inspiration de la loi pénitentiaire du 24 Novembre 2009 mais quid des règles émises par le Conseil de l'Europe concernant la probation ? Elles datent du 20 janvier 2010 pourtant, presque 4 ans ! A n'en pas douter, la réforme pénale qui laisserait une part belle à la probation ne découlerait-elle pas de cela, au delà des résultats des travaux effectués par la conférence de consensus sur la récidive ? 

En voici les principes fondamentaux :

1- Les services de probation ont pour but de réduire la commission de nouvelles infractions en établissant des relations positives avec les auteurs d'infraction afin d'assurer le suivi (y compris un contrôle, le cas échéant), de les guider et de les assister pour favoriser la réussite de leur insertion sociale. De cette manière, la probation contribue à la sécurité collective et la bonne administration de la justice (commentaire : N'en déplaise aux fanatiques de l'emprisonnement comme contribution à la sécurité)

 

2- Les services de probation sont tenus de respecter les droits fondamnetaux des auteurs d'infraction. Dans toutes leurs interventions, ils tiennent dûment compte de la dignité, de la santé, de la sécurité et du bien-être des auteurs d'infractions.

 

3- Dans tous les cas où les services de probation traitent des questions relatives aux victimes d'infraction, ils sont tenus de respecter les droits et les besoins de ces dernières.

 

4- Les services de probation tiennent pleinement compte des particularités, de la situation et des besoins individuels des auteurs d'infractions, de manière à ce que chaque cas soit traité avec justice et équité. Les interventions des services de probation sont menées sans discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, le handicap, l'orientation sexuelle, les opinions politiques ou autres, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à un groupe ethnique minoritaire, la fortune, la naissance, ou toute autre situation.

 

5- En exécutant toute sanction ou mesure, les services de probation ne doivent pas imposer à l'auteur d'infraction des charges ou des restrictions de ses droits supérieures à ce qui a été prévu par la décision judiciaire ou administrative et qui résulte, dans chaque cas particulier, de la gravité de l'infraction ou du risque de récidive convenablement évalué. (commentaire : il faudrait voir ce qu'on entend par convenablement...)

 

6- Dans toute la mesure du possible, les services de probation recherchent le consentement éclairé et la coopération d'auteurs d'infractions pour toutes les interventions qui les concernent. (commentaire : c'est évidemment mieux lorsque quelqu'un adhère à une mesure mais on peut vite se retrouver confronté à certaines limites ceci dit)

 

7- Chaque intervention prélable à l'établissement définitif de la culpabilité doit se faire avec le consentement éclairé de l'auteur d'infraction et ne doit pas porter atteinte à la présomption d'innocence. (commentaire : tiens, on reparle là encore de la présomption d'innocence, la fameuse)

 

8- Les services de probation, leurs missions et leurs responsabilités, ainsi que leurs relations avec les pouvoirs publics et d'autres organismes, sont définis par le droit national.

 

9- La probation reste de la responsabilité des pouvoirs publics, même dans le cas où les services sont assurés par d'autres organismes ou par des bénévoles. (commentaire : Dieu merci ! Il ne s'agit pas d'une affaire privée..)

 

10- Les services de probation bénéficient d'un statut et d'une reconnaissance correspondant à leur mission et sont dotés de RESSOURCES SUFFISANTES. (commentaire : point LOL)

 

11- Les autorités décisionnaires utilisent, si approprié, les conseils et le suivi professionnel des services de probation afin, d'une part, de réduire le risque de récidive, et, d'autre part, de développer l'usage des mesures alternatives à la privation de liberté. (commentaire : on est déjà dans ce registre)

 

12- Les services de probation coopèrent avec d'autres organismes publics ou privés et les communautés locales pour promouvoir l'insertion sociale des auteurs d'infraction. Un travail pluridisciplinaire et interorganisationnel, coordonné et complémentaire est nécessaire pour répondre aux besoins souvent complexes des auteurs d'infraction et renforcer la sécurité collective. (commentaire : un Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) sans partenaires est un SPIP mort !)

 

13- Toutes les activités et interventions des services de probation respectent les normes déontologiques et professionnelles nationales et internationales les plus avancées.

 

14- Des procédures accessibles, impartiales, et efficaces de dépôt de plainte concernant la pratique probatoire doivent être établies.

 

15- Les services de probation sont soumis à une inspection gouvernementale régulière et/ou à un contrôle indépendant. (commentaire : à ma connaissance, cela n'existe pas en France)

 

16- Les autorités compétentes soutiennent l'efficacité des mesures de probation en encourageant la recherche scientifique, dont les résultats doivent orienter les politiques et les pratiques en matière de probation. (commentaire : jusqu'au prochain fait divers concernant un récidiviste...#pardon#...)

 

17- Les autorités compétentes et les services de probation informent les médias et le grand public de l'action des services de probation afin de mieux faire comprendre leur rôle et leur valeur pour la société. (commentaire : Ah ! Enfin, le public ne fera pas des grands yeux tout ronds lorsqu'on lui parle de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation (CPIP) en se demandant à quoi ça sert !)

 

La France est alignée sur certains de ces principes, d'ores et déjà mais il reste des points sur lesquels elle doit avancer. En revanche, si on poursuit un peu plus loin la lecture des principes posés, on retrouve des idées assez nouvelles qui mériteraient d'être prises en compte.

 

55- Le suivi ne doit pas être considéré comme un simple contrôle, mais aussi comme un moyen de conseiller, d'aider, et d'accompagner les auteurs d'infraction. En cas de besoin, il doit être complété par d'autres interventions, proposées par les services de probation ou d'autres organismes, telles que des formations, le développement de compétences, des offres d'emploi et des dispositifs de soins. (commentaire : alors qu'en milieu ouvert, les missions semblent de plus en plus se tourner vers le contrôle...)

 

56- En cas de besoin, et conformément au droit national, les services de probation offrent, directement ou par l'intermédiaire de services partenaires, soutien, conseil et information aux familles des auteurs d'infraction. 

 

58 - Le niveau de surveillance électronique ne doit pas être plus intrusif que nécessaire en fonction de chaque cas particulier et il doit tenir compte de la gravité de l'infraction commise et des risques pour la sécurité collective. (commentaire : vers un placement sous surveillance électronique (PSE) adaptable ?)

 

62- Lorsque toutes les obligations postérieures à la libération sont levées, les services de probation devraient pouvoir continuer, lorsque le droit national le permet, à offrir une aide à la réadaptation aux anciens délinquants qui le demandent pour les aider à poursuivre leur vie dans le respect des lois. (commentaire : voilà un concept novateur qui aurait le mérite d'exister car un condamné n'est pas tiré d'affaire parce que ses obligations sont arrivées à terme. Si certaines problématiques perdurent, le risque de récidive continue d'être. Ceci dit, quid des moyens ?)

 

63- Les services de probation offrent des services accessibles aux auteurs d'infraction de nationalité étrangère, tout particulièrement en ce qui concerne le suivi en milieu ouvert et la réinsertion. (commentaires : des interprètes à disposition dans les SPIP ?

 

83- L'avis de l'auteur d'infraction quant à la pertinence du suivi est à joindre à l'évaluation (dont il fait l'objet). (commentaire : devenir acteur de sa mesure en s'exprimant, en s'investissant, pourquoi pas !)

 

Ces recommandations ne sauraient en aucune manière être interprétées comme faisant obstacle à l'application  de normes et instruments nationaux pertinents relatifs aux droits de l'homme plus favorables à la prise en charge des auteurs d'infractions. C'est ce qui est écrit en préambule de ce texte. Les RPE avaiy la même valeur : de simples recommandations. Néanmoins, s'en inspirer pour ce qui est novateur ne serait-il pas un moyen d'uniformiser les pratiques au niveau européen et ainsi développer un véritable sens de la probation, qui n'est pas une sous-peine, ou une peine au rabais si tant est que tous les moyens soient mis en oeuvre pour y contribuer ? Redonner du sens, des sens aux peines prononcées par la Justice n'est-il pas un véritable enjeu pour la société de demain ?

 

Une société sans délinquance n'existe pas et n'existera pas ! C'est à la manière dont une société traite ses déviants que l'on peut mesurer son degré de civilisation dit-on, mais alors où se situe-t'on dans une société occidentale comme la nôtre ou bien souvent l'on attend qu'un auteur d'infraction "paie", "souffre" pour le crime ou délit qu'il a commis ? Je vous laisse avec cette question...

 

Nota : Il y a en tout 108 règles que je n'ai pas toutes retranscrites pour des raisons pratiques, vous le comprendrez.


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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 13:26

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...


Olivier, 19 ans, bien intégré socialement, travaillait. Il était pompier volontaire comme son père et son grand-père. Sa famille était stable et ne rencontrait pas de difficultés particulières hormis quelques aléas qui touchent tout à chacun. Un soir, il devait être de garde pompier. Il ne pouvait pas car il devait aller à une fête avec des amis. Alors, il s'est fait remplacer par Marc. Marc est mort au feu ce soir-là. Dès cet instant, la vie d'Olivier a basculé. Sans que personne ne puisse vraiment déterminer pourquoi, il s'est mis à allumer des feux : des petits, puis des plus gros. Cela a causé beaucoup de dégâts, lésé de nombreuses personnes en plus de mobiliser à de nombreuses reprises ses collègues pompiers avec tous les risques que cela comporte. Deux ans après, il est interpellé au terme d'une enquête longue et minutieuse. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Marcelle, 45 ans, vivait avec son concubin, Christian, depuis des années. C'était une nouvelle vie, un nouveau démarrage pour eux deux qui s'étaient séparés de leurs conjoints respectifs pour vivre ensemble. Christian travailait, pas Marcelle. Il avait des bons côtés mais il buvait, beaucoup trop. Il devenait violent lorsque l'alcool avait raison de lui. Marcelle l'aimait, donc elle restait avec lui malgré les coups, les disputes, et les reproches. Elle n'osait pas le quitter et avait peur de se retrouver seule. Elle se disait qu'il changerait. Il n'a pas changé. Des années passèrent... Puis, un jour, Marcelle, prise de désespoir et ne supportant plus la situation, eut un coup de folie. Elle prit un fusil, alla dans la chambre où dormait Christian et tira. Il a été tué sur le coup. Elle est allée en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Lucie, 17 ans, vivait dans une famille bourgeoise où elle ne manquait de rien, sauf peut-être de la présence réelle de ses parents à ses côtés. Elle avait bénéficié d'une bonne éducation et travaillait bien à l'école. Elle avait un petit côté rebelle mais après tout, à 17 ans, âge de l'adolescence, c'est dans la normalité. Elle sortait beaucoup et fit de mauvaises rencontres qui lui firent découvrir les "plaisirs" vicieux des drogues. Elle y goûta, et en devint accroc. Il n'y avait plus que ses relations amicales qui comptaient, oubliant peu à peu sa famille. Elle mulitipliait les aventures sexuelles et très vite, franchit le pas de la prostitution. Elle s'est prostituée pour de l'argent. Elle s'est prostituée parce que ses "amis" la donnaient au plus offrant. Elle s'est prostituée parce qu'elle était trop défoncée. Elle fut impliquée dans des histoires sordides de vols. Elle s'est enfoncée malgré les divers rappels à l'ordre du Juge des Enfants, les placements en foyers, en famille d'accueil. Elle fuguait. Elle est allée en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Thomas, Antoine et Jérémy avaient 20 ans. Ils respiraient la joie de vivre. Ce soir-là, ils avaient décidé d'aller en boîte pour aller draguer les filles. Eh oui, une discothèque est un super terrain de chasse pour des jeunes comme eux. Antoine avait l'habitude de porter un couteau sur lui. Il ne savait pas trop pourquoi mais il se disait que de cette manière, s'il se faisait agresser, il pourrait se défendre. Ils passèrent une bonne soirée, plutôt bien arrosée, voire même trop. Ils rencontrèrent de jolies filles dont une plaisait particulièrement à Antoine. Il passa à l'attaque pour la séduire. Il comptait bien finir la soirée avec elle. C'était sans compter sur ce gars qui à priori, avait les mêmes plans que lui. Ils s'accrochèrent dans la boîte, sur la piste de danse. Antoine se prit un coup de poing, il ne put répliquer car l'alcool faisait qu'il avait du mal à réagir. Il sortit sur le parking pour ruminer sa colère, bientôt rejoint par ses amis. Son rival sortit à son tour. Une dispute et une bagarre éclatèrent entre les deux. Antoine sortit son couteau et le planta à deux reprises dans la poitrine de l'autre garçon qui mourrut des suites de ses blessures à l'hôpital. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Gilles avait 50 ans. Il était chauffeur. Il aimait bien boire un petit coup avec ses collègues ou ses amis quand l'occasion se présentait. Il avait une bonne descente et supportait bien l'alcool. Pour lui, cela ne le gênait pas de conduire ensuite. Il trouvait qu'il avait toujours les mêmes réflexes alors qu'on sait très bien que cela est faux. Il ne craignait pas d'avoir un accident mais de se faire contrôler par les gendarmes et de se faire retirer son permis de conduire. Son permis, c'était son métier, sa vie. Il se fit contrôler. Il était positif à l'alcool. Il fut condamné et fut l'objet d'une suspension de permis. Mais il ne voulut rien entendre. Il continua à conduire, à boire plus que de raison quand il mettait le nez dedans. Il fut à nouveau arrêté, condamné avec une annulation de permis mais il ne comprenait toujours pas. A force, il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Nino, 19 ans, a passé son enfance et adolescence à errer entre foyers et familles d'accueil. Sa mère était toxicomane, son père, un braqueur, qui était incarcéré. Il était fils unique et vivait très mal cette situation. Il voulait vivre avec ses parents mais ceux-ci étaient bien incapables de s'occuper de lui. Ils ne le voulaient pas et ne le pouvaient pas de toute façon. D'ailleurs, avant qu'il soit retiré de sa famille, on ne peut pas dire qu'il se trouvait dans un climat propice à son bon développement moral entre sa mère qui se défonçait et son père qui ne vivait que dans le délit. Il avait développé beaucoup d'instabilité et manquait de repères. Il se fit très vite entraîner par d'autres jeunes sur la voie de la délinquance. Il s'était dit qu'il ne finirait pas comme ses parents et pourtant... Vols, deal de stups, bagarres, outrages, rébellions furent son lot quotidien. Il est allé en prison.

 

La prison, ça n'arrive pas qu'aux autres...

 

Hervé avait 46 ans. Il vivait à la rue depuis qu'il avait tout perdu : emploi, femme, logement. En fait, il n'avait pas su faire face quand il s'était retrouvé au chômage. Sa femme ne travaillait pas et pour lui, l'homme de la maison, c'était dénigrant que de ne pas subvenir aux besoins de son foyer. Il avait beau chercher, il ne trouvait pas de nouvel emploi durable. Il devenait invivable à la maison et sa femme finit par le quitter. Ce fut comme un coup de massue pour lui, un de plus. Alors, il se mit à boire, boire pour oublier. Peu à peu, le peu d'argent qu'il gagnait partait dans la boisson. Il ne pouvait plus payer ses factures et s'endettait. Il se fit expulser après des mois de procédure. Il ne gérait plus rien, se laissait descendre. Une fois à la rue, l'alcool ne lui suffisait plus pour se soulager. Il découvrit l'héroïne. Cela lui faisait du bien, pensait-il, car au moins, quand il était stone, il ne pensait plus à rien. Il en devenait dépendant et lui en fallait toujours plus. L'argent qu'il récoltait en faisant la manche ne suffisait pas alors il volait. Il volait pour s'acheter sa dose, il volait pour s'acheter de l'alcool ou des cigarettes, il volait pour manger. Il est allé en prison.

 

 

Alors non, la prison, ça n'arrive vraiment pas qu'aux autres. On a beau se sentir protégé, ou essayé de se sentir protégé, il faut bien reconnaître que personne n'est à l'abri d'aléas qui un jour, peuvent tout faire basculer dans sa vie ou celle de ses proches. Penser que ça n'arrive qu'aux autres, c'est aussi, en quelque sorte, vouloir se cacher cette part d'ombre de l'humanité dont on n'aimerait jamais souffrir, ou qu'on n'aimerait ne pas sentir proche de nous, un peu comme lorsqu'on croise des SDF dans la rue et qu'on détourne le regard pour ne pas voir. Mais ne pas voir ne veut pas dire que cela n'existe pas...

 

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 14:44

Ce matin, je découvre cet article sur « Les oubliés de la pénitentiaire » dans France Inter. Et là, je bondis ! Quid de l’utilité sociale d’une peine qui ne prend jamais fin, au point de se retrouver avec des personnes si isolées, si oubliées qu’on ne sait plus quoi en faire ? Je ne comprends pas.


J’admets qu’une peine soit quantifiée au prorata de la gravité des actes et en considération de la personnalité du condamné. C’est ainsi que notre société a décidé de fonctionner face aux déviances de ses citoyens. Bien loin est le temps où l’on rendait justice en agissant « œil pour œil, dent pour dent », en coupant un bras au voleur, en dilapidant les déviants ou en les écartelant sur la place publique dans un sinistre spectacle. Encore que, on peut se demander si parfois, à l’esprit de certains, la Justice actuelle ne serait pas censée représenter une forme d’assouvissement de leur propre vengeance, laquelle les inciterait à désirer que les auteurs de crimes ou délits souffrent autant voire plus que leurs victimes.  Est-ce le but ? Quand bien même une peine serait une forme d’expiation, celle-ci ne doit pas se traduire par le fait de rendre la souffrance provoquée initialement à la personne qui en est auteur. Il y a une utilité sociale réelle à la peine, pourvu qu’elle ait du sens. Si elle ne devait se cantonner qu’à punir, alors elle perdrait toute sa mesure.


D’un point de vue général, c’est pour le bien-être de la communauté elle-même que le rôle d’une peine doit être multiple, en ne se cantonnant pas qu’au bannissement. Certains préjudices sont irréparables et ne seront jamais comblés ou remplacés. Lorsqu’il y a mort d’Homme, viol ou autres « joyeusetés » horribles, même une peine si longue soit-elle, ne viendra corriger ce qu’il s’est passé. Je comprends bien que certains y voient une forme d’apaisement pour les personnes victimes ou leurs proches mais est-ce bien le rôle de notre Justice ? Certes, sur le plan purement psychologique, voir son auteur condamné et se faire reconnaître comme victime, est un premier pas dans la reconstruction personnelle, le procès judiciaire faisant office de catharsis. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une personne sera lourdement condamnée que la personne qu’il aura lésée se portera forcément mieux. Cela n’a aucun sens. C’est un travail à faire sur soi, indépendamment de ce que vivra l’auteur, ou plutôt condamné, qui lui, devient un enjeu pour la société de demain. Les intérêts de la société ne coïncident pas forcément avec ceux des victimes, et il serait démagogique de le leur faire croire, comme de l’existence du risque zéro.


De nombreux malades mentaux sont incarcérés. L’administration pénitentiaire ne sait comment gérer vraiment cette population « nouvelle » (ou pas…) qui peuple de plus en plus nos prisons. Les personnels ne sont pas formés pour cela et les services médico-psychologiques peinent à fournir. Les prisons sont surpeuplés, et les personnels en sous-effectifs. Les établissements modernes se déshumanisent, les nouvelles technologies ayant pris le pas sur le facteur humain, soit pour des raisons budgétaires, soit pour des raisons de sécurité. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation croulent sous la masse des suivis à effectuer.

 

Si l’on considère que la première fonction d’une condamnation est de punir, elle est remplie, en tout cas dans la plupart des cas. Si l’on considère en revanche les autres fonctions qu’elle doit avoir (permettre l’amendement, la réhabilitation, la réinsertion), au regard de toutes ces carences, c’est plutôt un pari audacieux. C’est là, où le bât blesse puisqu’à force de politique répressive, le volet réinsertion est passé quelque peu à la trappe. Il est difficile de trouver un juste équilibre entre les intérêts des victimes, les intérêts du condamné, et les intérêts de la société. Parfois, ceux-ci sont contradictoires, ce qui est un véritable casse-tête pour la Justice dans sa recherche d’équité. L’ère de la victimisation exacerbée n’a rien arrangé à cela.


Aussi est-il intéressant de se préoccuper du sort de ces condamnés que tout le monde a oublié car arrive un moment où la sanction doit laisser place à autre chose. Qu’espérer d’une personne qui a passé les 20, 30, 40 dernières années de sa vie enfermée derrière les murs d’une prison, à sa sortie, si elle n’a aucun suivi, ni de mesure d’aménagement de peine ? Que fait-on de ces hommes qui, parfois, ont l’âge de la retraite et qui, s’ils réintègrent la société, vont s’y voir complètement perdu ? Une peine ne doit-elle pas favoriser le retour à la société dans de meilleures conditions plutôt que d’être déclencheur d’un cataclysme social en lâchant dans la communauté des gens qui en ont été coupés un certain temps. Pour un détenu longue peine, il y a tant de choses à l’extérieur qui sont synonymes d’agression : la foule, le bruit, le contact avec les gens, l’évolution de la société, l’ivresse de la liberté, très vite effacée par la peur, l’autonomie…Une sortie sèche (sortie sans aménagement) est au final assez antynomique du sens dévolu à une peine.


 « Une longue peine, c'est quelqu'un qui doit gérer son temps au mieux ou il finit fou.  »_ Paroles de détenus

 

Conseil de lecture : Longues peines_ Jean TEULE

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 12:47

Certains me disent que vouloir se préoccuper de "voyous, taulards, pourris, monstres, détenus, criminels, ordures" (rayez la ou les mentions inutiles) n'est qu'une pure perte de temps et que je ferais bien mieux d'envisager un tout autre métier au profit des personnes dites "biens". Je note bien leurs remarques mais il faut qu'ils m'expliquent ce qu'est une personne bien. Est-on "bien" parce qu'on ne délinque pas ou au contraire "mauvais" parce qu'on a enfreint la loi ? De prime abord, je connais beaucoup de personnes qui répondraient oui et oui.

 

J'ignorais que tout était si simple, si linéaire dans la vie. Tout ce qui n'est pas noir est blanc, tout ce qui n'est pas blanc est noir. En bref, un monde binaire ! Par essence, la nature humaine est complexe : la raison et l'affect forgent une personnalité, chacun d'eux s'imbriquant l'un dans l'autre avec plus ou moins de force. Aussi, avoir une vision binaire de la société et de ses aléas est réducteur car cela occulte la complexité même de l'être humain. On peut être foncièrement mauvais sans avoir été condamné par la Justice, comme on peut être bon en ayant délinqué parce qu'une fois, l'affect se sera emballé au détriment de la raison. Si l'Homme est doué de raison, il ne faut pas oublier qu'il a une part sentimentale qui peut l'amener à se perdre.

 

Une société juste et équitable, c'est celle qui sait faire face à tous les travers de l'être humain et les prendre en charge. Il n'y a aucun mal, ni honte à vouloir se soucier des personnes placées sous main de justice, bien au contraire. Un détenu ou un condamné n'est pas rayé de la société parce qu'il a fauté. Dans le pire des cas, il est écarté pendant un temps plus ou moins long selon la gravité des faits, mais sachez que la grande majorité ressortira un jour. Aussi, l'enjeu n'est-il pas de faire en sorte que ces personnes, condamnées un jour, ne le soient pas à nouveau en bénéficiant d'un suivi efficace et personnalisé qui leur permette de réintégrer la communauté dans de bonnes conditions ? Il ne faut pas être utopiste non plus. Sur 100% de suivis, il y en a pour qui rien ne fonctionnera, d'autres pour qui il y aura des rechutes, d'autres pour qu'il y aura un nouveau départ. On ne peut pas le prévoir. Sous prétexte de la récidive d'untel, on ne peut pas brimer tous les autres, qui peut-être n'auraient pas franchi ce cap. Cela fait beaucoup de suppositions mais c'est ainsi avec l'être humain. On ne pourra jamais être sûr de tout puisque nous ne sommes pas des machines. Cela me fait bien rire lorsqu'on demande aux magistrats, aux policiers ou gendarmes, ou au personnel pénitentiaire de tout prévoir, anticiper, de manière à ce qu'il ne se passe rien. Le risque zéro n'existe pas, et n'existera jamais. Il faut l'accepter, c'est ainsi. Chercher un responsable à tout ne mène à rien.

 

Au cours de mon expérience de gendarme, j'ai vu beaucoup de choses : des parcours chaotiques, des vies brisées, des personnes en souffrance que ce soit du côté des victimes ou des auteurs, des personnes qui passent à l'acte par colère, d'autres qui ne voient que leur intérêt personnel et financier, des dépressifs, des hommes et femmes souffrant de pathologies mentales, des individus "biens" sous tous rapports (pour reprendre la fameuse expression) qui un jour perdent les pédales, des jeunes cons qui veulent épater les copains ou les copines.... Ces gens-là, ça peut être vous, ça peut être moi, ou vos voisins, ou vos proches. Cela n'arrive pas qu'aux autres. Face aux obstacles, certains sont mieux armés que d'autres, mieux entourés aussi. Avoir été condamné par la Justice ne doit pas être perçu comme une fin en soi, mais comme le commencement d'autre chose.

 

C'est pour toutes ces raisons que je n'ai aucun mal à me projeter dans ce métier tant pour moi il s'agit d'un enjeu important pour une société. On ne reconnaît une véritable civilisation que par la manière dont elle traite ses personnes déviantes. Se préoccuper de leur suivi pendant leur peine et ensuite favoriser leur in-réinsertion est un atout pour l'avenir, certes non-perceptible sur le court terme, mais sur le long terme. De fait, j'ai un engouement certain pour le projet de Christiane TAUBIRA concernant les peines de probation, projet auquel j'adhère pleinement pour autant qu'on donne les moyens de le mener à bien.

 

Je clôturerais ce billet par une citation de Cesare Beccaria  - Des délits et des peines : "L'un des plus grands freins opposés aux délits, c'est non pas la rigueurs des peines, mais l'infaillibilité de celles-ci" . Nous étions en 1764 et déjà, au grand dam de l'UMP encore inexistante à cette époque, il avait compris que ce n'était pas la sévérité d'une peine qui jouait sur le passage à l'acte ou la récidive. Il suffit de regarder au sein des pays où la peine de mort existe toujours (malheureusement) pour en avoir pleinement conscience.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 15:15

Ah la prison ce sujet objet de tous les fantasmes partagés entre ceux qui voudraient qu'elle soit un lieu d'expiation des péchés, et ceux qui se battent pour au contraire l'humaniser afin qu'elle ne soit que synonyme de privation de liberté, qui est en soit une lourde punition. 

 

 La liberté n'est-elle pas le bien le plus précieux que l'Homme a à chérir ? La liberté d'aller et venir, la liberté d'expression, la liberté d'opinion, la liberté de penser, la liberté d'entreprendre ce que l'on veut... Ne nous sentirions-nous pas comme des oiseaux en cage si tour à tour celles-ci nous étaient retirées une à une, nous dépouillant de ce qui nous est le plus cher, sans en détenir la clé pour en sortir? 

 code prison

Hormis les "no life" pour lesquels la seule présence d'un ordinateur suffit à les satisfaire pleinement sans avoir à sortir, qui pourrait prétendre pouvoir passer aisément des jours, des semaines, des mois enfermés en vase clos, dans un monde où tout s'exacerbe de part la promiscuité, de part le personnalité des gens qui l'occupent, de part la rencontre de gens de milieux différents présentant diverses pathologies ou non ? Qui? 

 

Aussi, il faut prendre en considération cette sanction comme violente en elle-même. Nul besoin d'en rajouter, ni de souhaiter le retour du bagne tant son usage n'a vraiment pas convaincu de son bienfondé dans la lutte contre la récidive ou encore même la prévention du passage à l'acte. D'ailleurs, ce n'est pas tant la sévérité de la sanction qui dissuade mais la certitude d'être sanctionné. Là est toute la nuance ! Rappelez-vous gamin, lorsque vous envisagiez de braver l'interdit. Ah mais vas-y c'est bon, on ne se fera pas avoir, personne n'en saura rien. Et hop, allez, en douce, on fait. Vous aviez beau savoir que vous n'aviez pas le droit, mais vous l'avez quand même fait, pour le fun, pour la sensation de gloire que retire cette mini-victoire sur le monde des adultes, pour être de pair avec vos camarades.

 

Ces principes sont valables également lorsqu'une personne enfreint la loi. A l'instant T, elle ne pense certainement pas à la sanction ni aux conséquences. Combien disent simplement qu'ils se sont laissés aller, qu'il ont pété les plombs, qu'ils ont avant tout penser à la manne financière que produirait leur délit, ou encore qu'ils ne pensaient pas aller jusque là? D'autres diront qu'ils n'en ont rien à fiche. Cest ainsi, tous domaines confondus, il y aura toujours des irréductibles pour lesquels les solutions seront toujours difficiles voire même impossibles. Je ne parle même pas de ceux souffrant de pathologies pour qui le principe de sanction non accompagnés de soins paraît dérisoire. Vouloir traiter un problème en n'en traitant que les conséquences, c'est se tirer une balle dans le pied, car il repousse comme le chiendent et en s'enracinant de plus en plus.

 

Je ne suis pas pessimiste, ni reac, mais notre société est de plus en plus malade. Le stress, le rendement, la misère sociale, l'intolérance, la crise, le chômage, les inégalités, le sentiment d'être des oubliés du système et le développement de l'individualisme rendent l'équilibre de certaines personnes assez précaires. L'autre jour, je discutais avec un psychiatre d'une équipe mobile patrouillant dans les rues qui me faisait part de son inquiétude. Il y a de plus en plus de gens souffrant de pathologies dans les rues. Je le constate également dans le cadre de mon métier mais plus largement lors de conflits de voisinage où l'on se rend compte que là aussi, la pathologie prend une place importante. Sommes-nous tous malades de ce monde qui va trop vite et qui écrase un peu plus chaque jour le collectif sous le poids de l'individualisme? Je l'ignore. Je me pose des questions. Le stress est tellement un facteur déclenchant de nombre de névroses... (Vous avez compris, il faut cultiver la zenitude !) Peut-être suis-je simplement trop altruiste et pas assez égoïste... Ou peut-être suis-je simplement un peu fleur bleue, mais loin d'être innocente cependant.

 

Une chose est sûre, c'est que je me dis que personne n'est à l'abri de chuter un jour et de re retrouver dans les méandres carcérales. Parfois, tout va si vite ! Il suffit d'un événement, d'une faiblesse, d'une lente descente ou au contraire d'une descente brutale pour se voir emporter par les côtés les plus vils de l'être humain. Je ne dis pas que cela arrive forcément. On a tous eu une éducation, bonne ou pas, tous eu des principes, bons ou pas, encore que, certains ne disposent même pas de ces cartes-là pour affronter la vie. On fait tous plus ou moins preuve de libre-arbitre mais parfois celui-ci se heurte à certaines barrières qui s'imposent d'elles-mêmes. Alors? Comment ne pas être sensibilisée sur ce qu'aujourd'hui, dans une société comme la notre, la prison doit avoir comme place? On le sait, les prisons françaises sont surpeuplées. Les conditions de vie et surtout de réinsertion ne sont pas conformes à ce qu'on pourrait en attendre.


On nous promet de grandes et belles prisons avec toujours plus de places. Peut-être aurez-vous la vôtre, ou moi la mienne, qui sait. Je suis vraiment heureuse qu'on se préoccupe de mon éventuel futur hébergement, mais j'aimerais tellement mieux, pour moi, pour nous, pour vous ou nos/vos enfants. Victor Hugo partait du principe suivant : "Qui ouvre une école, ferme une prison" . Je crois qu'on en est rendu à la démarche inverse : "Qui ferme une école, ouvre une prison". Toutes ces lois toujours plus sécuritaires n'ont pas endigué l'évolution de la délinquance, loin de là. On le voit bien. Leur empilement successif n'a fait que désservir la Justice qui à chaque fois, oeuvre dans l'urgence avec le peu de moyens qu'on lui accorde. A quoi rime de proposer une loi à chaque fait divers? A rien. Mais cachez-moi cette misère que je ne saurais voir ! On préfère agiter des épouvantails dès que possible. Ca fait un responsable, tant mieux, on aime ça taper sur la tête d'une personne qui n'y peut rien. (Cf affaire de Pornic... ) A l'heure où règnent les concepts du risque zéro et du principe de précaution, on ne saurait tolérer qu'il y ait la moindre petit  proéminence qui fasse office de tâche sur une grande "oeuvre".

 

Mais dans la réalité, on veut mais on ne donne pas les moyens. Il serait bon d'envisager les choses à moyen et à long terme en se départissant de la chose politique qui évolue en fonction des désirs de l'électorat, et de l'émotionnel qui provoque des réactions plus ou moins excessives. Le sujet est beaucoup trop grave pour être traité comme un vulgaire appeau à électeurs. 

 

La Finlande l'a fait. Pourquoi ne serait-ce pas envisageable en France?



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